Manif anti-pass : la résurgence du vieil obscurantisme sur fond de nostalgie du monde d’avant


société / lundi, août 16th, 2021

Ce week-end ont vu se rassembler environ 10 000 manifestants anti-pass dans les pays de Savoie. Des manifestants qui relèvent d’un mélange d’obscurantisme et de nostalgie du monde d’avant avec tout son lot de paranoïa…

A Sallanches, 350 personnes ont manifesté à l’initiative de Wilfried Bec, militant du Rassemblement National et dépositaire de la manifestation, tout en suivant les slogans lancés au mégaphone par Tanguy Burnet Merlin, responsable R.N de Savoie.

A Annecy, à l’origine du rassemblement de 3 500 manifestants, on trouve Stephane Espic, un hurluberlu issu du mouvement des gilets jaunes qui dénonce dans un « appel citoyen savoisien », un « coup d’Etat mené par des individus qui présentent par ailleurs tous les signes de la perversion narcissique que l’on retrouve chez les cocaïnomanes et pédocriminels ».

Rien que ça… Sérieusement, comment peut-on faire aussi irrationnel, autant paranoïaque et idiot ? Mais surtout, comment la société peut-elle laisser-faire de telles « manifestations » ?

Car ces manifestations nous renvoient à une question ô combien poussérieuse, que l’on pensait avoir réglé il y a 230 ans : la science et la raison contre l’obscurantisme, n’est-ce pas ce la problématique centrale de la Révolution française de 1789 ?

Vouloir en revenir à une telle lecture des choses, c’est vraiment chercher à faire tourner la roue de l’Histoire à l’envers…

A ce point de vue, qu’ils en soient conscient ou non, les protestataires relèvent de la Réaction, du courant de pensée des « anti-Lumières », incarnés notamment par le vicomte de Bonald, le conservateur anglais Edmund Burke, ou le comte savoyard Joseph de Maistre.

Des raisonnements qui furent aussi ceux d’Edouard Drumont, ce théoricien antisémite français des plus notoires. Dans un article de « La Libre Parole » publié en mai 1893, il dénigrait la vaccination contre la variole, depuis lors éradiquée, en ces termes :

La Vaccine semble avoir fait partie de l’ensemble de ces conceptions délirantes, absurdes et saugrenues qui se précipitèrent dans le monde à la suite du grand tremblement de terre de 1789. Une fois l’ordre rétabli, on accepta tout sans contrôle […] et il fut défendu de revenir là-dessus, sous peine d’être mis au ban de la nouvelle société.

Notre chétive génération de lymphatiques, d’anémiés, de scrofuleux est une génération de vaccinés, fils de vaccinés. Le germe morbide qu’on a empêché l’organisme d’éliminer s’est livré à une oeuvre de décomposition interne […]

Les Françaises apportent docilement le fruit de leurs entrailles au vaccinateur, comme les Français apportent le fruit de leurs économies au percepteur ou au lanceur d’affaires

>> Voir aussi : Walter Bassan, une figure authentique de la Résistance au nazisme

Mais alors, comment se fait-il qu’une si vieille problématique, celle opposant la science et l’intelligence à la croyance et aux illuminations, peut-elle refaire surface en cet été 2021 ?

On touche là au second problème de ces manifestations, un problème bien plus « moderne » : celle de la nostalgie d’un monde sans contraintes collectives, de ce monde issu du rêve libéral-libertaire de mai 68, le fameux « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves ».

Ainsi, à l’obscurantisme des franges d’extrême droite, s’ajoutent les éléments arc-boutés dans la revendication d’une soit-disante « liberté individuelle » qui n’est rien d’autre que la volonté de n’en faire qu’à sa tête. Certains tirent le fil de l’irrationnel jusqu’à son paroxysme, le covid-19 étant soit-disant une machination… Quelle insulte à l’intelligence populaire.

L’indifférence et le darwinisme social ont tellement contaminé ces gens qu’ils en oublient que depuis mars 2020 et ce malgré les mesures sanitaires, ce sont 516 642 personnes qui ont été hospitalisées, dont 93 037 en réanimation. Parmi elles, plus de 200 000 personnes ont fait face à une forme longue et handicapante de la maladie.

En ces temps de pandémie mondiale, la revendication de la « liberté individuelle » n’est pas tenable : il se heurte à l’objectif de l’immunité collective, d’autant plus urgent que le SARS-Cov-2 mute aisément. La pandémie impose la nécessité du collectivisme, et cela est insupportable tant pour l’extrême droite, par nature anti-communiste, que pour les ultra-libéraux qui versent alors dans l’irrationnel.

C’est là que l’on voit que la société actuelle est plongée dans une crise existentielle dans laquelle la défense acharnée de l’égoïsme consommateur fournit un terrain propice à la résurgence du vieil obscurantisme anti-Lumières.

Evidemment, avec le vaccin, le gouvernement est dans une gestion de court-terme alors que le Covid-19 fait partie de ces virus qui ne tombent pas du ciel. Tout comme le virus Nippah, le Sars-Cov-1 ou la grippe H1N1, il est un produit de la déstabilisation de la Biosphère par l’activité humaine prisonnière du capitalisme.

Pour se libérer de la contrainte épidémique, il faudrait commencer par s’émanciper de ce mode de production mortifère. On ne dira jamais assez combien on a besoin que la Gauche se reforme sur la base de l’héritage du mouvement ouvrier, seule force à même de diffuser les grandes avancées intellectuelles pour réaliser l’émancipation populaire.

Manifestation du Front Populaire le 14 juillet 1936 à Paris avec les portraits des philosophes François-Marie Arouet dit Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, et de la grande figure du matérialisme Denis Diderot

5 réponses à « Manif anti-pass : la résurgence du vieil obscurantisme sur fond de nostalgie du monde d’avant »

  1. Le capitalisme responsable des virus… Celle la je ne l’avait pas vu venir. Les grandes pandémies historiques avaient elles la même origine ou c’est un phénomène nouveau ? Cet article était bien parti, mais finit par répandre l’obscurantisme qu’il est cencé pointer du doigt.

    1. Bonjour,

      Oui, il n’y a rien d’obscurantiste là-dedans.

      Les épidémies ne sont pas le fruit de nouveaux agents pathogènes, mais du fait que ces derniers trouvent des conditions de transformation leur permettant d’infecter de nouveaux hôtes, tels les humains.

      Parmi ces conditions de « transfert », on retrouve principalement l’élevage industriel, la déforestation et le braconnage. Les épidémies les plus foudroyantes (peste, variole, choléra, tuberuolose) sont certes apparues du fait du rapprochement avec le bétail, l’absence d’hygiènes des grandes villes et les premiers flux de population.

      Mais

      « dans les années 1970, une nouvelle pathologie infectieuse était découverte tous les 10 à 15 ans, depuis les années 2000, le rythme s’est considérablement accéléré, pour passer à au moins 5 émergences identifiées par an »
      (La fabrique des pandémies, Marie-Monique Robin et Serge Morand).

      Sinon, vous pouvez lire un des grands spécialistes de la question, trop méconnu, Mirko Grmek.
      Dans son texte « le concept de maladie émergente », il y remarque que :

      L’agriculture, l’élevage des animaux, le changement du milieu, le brassage des populations et les moeurs ont certainement plus influencé l’apparition et le déroulement des maladies épidémiques que les changements du génome des microbes. Les épidémies sont dues presque toujours non pas aux germes nouveaux mais aux occasions nouvelles offertes aux anciens par les actions humaines […] Des effets graves peuvent se produire non seulement à la suite de modifications importantes de l’écosystème de ces vecteurs, telles que par exemple la déforestation ou l’aménagement des eaux, mais aussi de manière tout à fait inattendue par des variations en apparence minimes du comportement humains

      Et jusqu’à preuve du contraire, la production des biens et des services est actuellement dominée par la propriété privée des moyens de production, le moteur du profit, et l’échange marchand, ce que l’on appelle le capitalisme. Les changements cités par Mirko Grmek relèvent donc du mode de production capitaliste. Un mode de production qui empiète énormement sur la nature et fournit de nouvelles conditions de développement d’anciens agents pathogènes.

      Cordialement,

      AAG

  2. 1/ Le post et son argumentation repose en partie sur l’immunité collective, notion de plus en plus contestée par les scientifiques, cela ne met pas en doute l’efficacité de la vaccination qui limiterait les formes graves, ce qui n’est pas rien.
    LA NATURE A HORREUR DU VIDE: Ce post est une caricature; il présente les manifestants comme des obscurantistes alors qu’il est difficile d’identifier aussi facilement ce mouvement. Ce post souligne avec justesse la récupération politique par certains partis, mais plutôt que de critiquer grossièrement, il faudrait se demander pourquoi la gauche, comme la droite ont laissé vide l’espace du débat public occupé maintenant par certaines tendances. Les patriotes, la France insoumise et d’autres fractions ne font après tout qu’occuper le vide du débat public autour du pass sanitaire qu’a déserté tout autant la gauche, que la droite ou le centre. Si une discussion apaisée avait eu lieu sur le pass sanitaire, si les différentes institutions et partis avaient joué leur rôle de contre pouvoirs, il y aurait moins de gens dans les rues et plus d’adhésion au projet vaccinal (Ce qui n’est pas certain non plus, mais il fallait laisser un temps même restreint au débat public pour tenter d’éviter un mouvement contestataire logiquement nourri par le passage brutal en force du pass sanitaire). C’est certainement plus facile de discréditer une réaction populaire, que de se (et de vous) poser personnellement les bonnes questions. Dans un an nous aurons plus de recul, tout comme aujourd’hui, nous avons une autre vue du confinement et du quoi qu’il en coûte. Ainsi ne pas voir son médecin, prendre du doliprane, ne pas sortir de chez soi pour aller en plein air faire du sport sont perçus différemment aujourd’hui alors que c’était les règles d’or indiscutables d’hier. Vous rappelez vous « Restez chez vous!!! »? On connait aujourd’hui les effets délétères de la doctrine. Nous aurons la même vue sur la vaccination de masse dans un an, positive ou négative. Cela vaut ainsi la peine de se poser quelques questions sans considérer son prochain comme un mouton (pour les contestataires) ou un obscurantiste (pour les pros gouvernement) selon ses convictions personnelles.
    Cordialement, soyez moins sectaires et ayez moins de certitudes.

    1. Bonjour, nous avons une certitude, c’est que nous sommes dans une pandémie mondiale et qu’on pourrait être capable d’élever le niveau du débat avec par exemple le fait que l’on sait depuis les années 1990 que nous nous dirigions vers une multiplication de l’émergence de maladies infectieuses du fait de la destruction toujours approfondie de la biosphère. Le reste n’est que simagrées.
      Cordialement,
      AAG

  3. Rebonjour, effectivement le développement humain crée aujourd’hui de nouvelles conditions de transmission de virus.
    Si vous dites que le reste est des simagrées pourquoi dénigrer sur la quasi totalité de votre post avec une certaine malhonnêteté intellectuelle une réaction multiforme populaire qui ne peut être caricaturée de façon aussi simpliste?
    -Vous présentez les manifestants comme des obscurantistes alors qu’il est difficile d’identifier aussi facilement ce mouvement.
    -Plutôt que de critiquer grossièrement, il faudrait se demander pourquoi la gauche, comme la droite ont laissé vide l’espace du débat public occupé maintenant par certaines tendances. Les patriotes, la France insoumise et d’autres fractions ne font après tout qu’occuper le vide du débat public autour du pass sanitaire qu’a déserté tout autant la gauche, que la droite ou le centre.
    -Si une discussion apaisée avait eu lieu sur le pass sanitaire, si les différentes institutions et partis avaient joué leur rôle de contre pouvoirs, il y aurait moins de gens dans les rues et plus d’adhésion au projet vaccinal (Ce qui n’est pas certain non plus, mais il fallait laisser un temps même restreint au débat public pour tenter d’éviter un mouvement contestataire logiquement nourri par le passage brutal en force du pass sanitaire).
    -C’est certainement plus facile de discréditer une réaction populaire, que de se (et de vous) poser personnellement les bonnes questions.
    -Cela vaut ainsi la peine de se poser quelques questions sans considérer son prochain comme un mouton (pour les contestataires) ou un obscurantiste (pour les pros gouvernement) selon ses convictions personnelles.

    Bonne soirée

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