Portrait du loup : deux ouvrages pour mieux le comprendre


Ecologie / mardi, août 31st, 2021

Avec le fragile et précaire retour du loup sur le territoire français, on assiste à une véritable campagne anti-loup orchestrée principalement par les syndicats agricoles (de la FNSEA à la Confédération Paysanne) et des fédérations de chasseurs. Le retour du prédateur dérange, car il impose de repenser le rapport de la société avec le vivant et la manière dont l’humanité s’approprie et domine les espaces naturels.

Bien que les chasseurs se présentent aujourd’hui comme les « premiers écologistes de France », il est évident que leur vision et leur connaissance de la nature est totalement biaisée par une approche profondément prédatrice et utilitariste de la nature. Chacune de leurs parutions, chacun de leurs articles ne fait que justifier la mainmise de l’homme sur les espaces naturels : il faut réguler les espèces, entretenir les espaces ouverts, etc.

Une telle vision révèle une profonde méconnaissance de la Biosphère, de l’interdépendance des espèces animales, végétales et fongiques, de l’incroyable complexité des relations que ces espèces entretiennent dans un véritable ballet naturel. C’est ce que les naturalistes tentent de modéliser sous le concept de « chaîne trophique ».

Or, de l’aveu même des chercheurs, ces relations sont encore mal connues, mal élucidées, et demeurent un champ d’investigation pour la science. Chaque biotope regorgeant d’espèces particulières entretenant notamment des relations symbiotiques, de l’élément le plus microscopique à l’arbre centenaire. L’effondrement en cascade du vivant auquel nous assistons, nous rappelle amèrement combien tout ce qui constitue la nature est lié, intriqué.

Or, le loup apparaît comme une espèce emblématique et révèle les enjeux cruciaux de notre époque. Animal mystérieux, énigmatique, ses apparitions déchaînent les passions, et malheureusement il charrie bon nombre de représentations fausses : bête féroce, véritable menace pour l’élevage et la nature, etc.

Deux ouvrages relativement récents permettent d’apprendre à connaître plus en détail cette espèce emblématique. La brochure richement documentée de Roger Mathieu, Les loups de France constitue une somme très documentée et pédagogique permettant de comprendre en détail les enjeux de la présence du loup en France, notamment le volet concernant la politique de protection, l’abattage, et les relations avec le monde du pastoralisme. Il est disponible en téléchargement gratuit ici.

Loups, un mythe vivant, de Pierre Rigaux constitue une magnifique introduction à la connaissance du loup. Accompagné de très belles photographies, il permet de faire le tour de ce que dit la science de l’animal, de manière très accessible :

« Pendant des décennies, le fonctionnement type de Canis lupus en meute a été expliqué sur la base d’un schéma que l’on sait aujourd’hui trop simpliste, pour ne pas dire dépassé : le mâle dominant dit « alpha », chef omnipotent, formant avec la femelle dominante le couple qui dirige le reste du groupe, en bas de la hiérarchie duquel se trouve l’ « oméga », individu systématiquement opprimé. Le réel n’est pas si rigide, il est même différent. Le cœur de la meute étant une famille nucléaire, celle-ci fonctionne sur la base d’une relation de parents à progéniture. Autour peuvent s’agréger d’autres individus. Il s’agit en premier lieu de subadultes, c’est-à-dire de jeunes nés l’année précédente, voire encore antérieure.

Des membres du groupe pourront le quitter puis y revenir. Un loup étranger pourra tenter de s’intégrer, la famille peut s’élargir ainsi – il y accèdera ou pas. Une femelle pourra tenter de procréer à l’écart de son groupe et du couple reproducteur, elle y parviendra certes rarement car la mère dominante tentera de l’en empêcher, mais rien n’est impossible. Quant au mâle dit « dominant », il ne prendra pas forcément l’intégralité des décisions guidant la vie familiale. Les déplacements par exemple, sont souvent guidés par sa compagne, là encore, pas de règle absolue. […]

Il faut enfin rappeler que l’état des connaissances sur le comportement lupin est très incomplet. Nous savons décrire le fonctionnement type du groupe social de Canis lupus dans les très grandes lignes, mais que savons nous de l’alchimie, des affinités des caractères, des circonstances et des choix individuels qui guident les relations sociales ? Les comportements des loups entre eux ont été d’abord examinés dans les conditions biaisées de la captivité, puis au cours de trop peu d’études suffisamment poussées en liberté. On sait que, dans une meute, une certaine hiérarchie des individus est entretenue au moyen de signes de domination ou de soumission. Pour autant, la journée du groupe n’est pas faite de menaces incessantes. Il y en a, mais la douceur aussi est quotidienne. Pour qui a déjà eu la chance de voir quelques instants de la journée d’un clan dans la nature, l’impression est forte : les loups paraissent passer d’heureux moments. Est-ce abusif de le dire ainsi ? Est-ce un excès d’interprétation ? Peut-être, quoique rien ne prouve le contraire.[…]

Les loups ont l’errance chevillée au corps. Certains l’ont vraisemblablement plus que d’autres, les caractères individuels diffèrent. Comme tout héritage comportemental inscrit dans les gènes de l’espèce et soumis aux aléas conjoncturels, au contexte environnemental, familial, social dans lequel il s’exprime plus ou moins, l’envie de partir et la soif de distance varient vraisemblablement d’un loup à l’autre. Certains partent plus facilement ou plus loin que des individus moins aventureux, sans que l’on puisse affirmer que les facteurs extérieurs à leur propension individuelle suffisent à l’expliquer. Le moment précis du départ, dans l’intimité de la meute, fait partie des scènes auxquelles n’assistent pas les humains. On constate a posteriori le changement dans la constitution de groupe. L’aventurier ou l’aventurière, part seul, ou moins fréquemment en binôme. Il peut rester aux alentours dans un premier temps. Ce qu’il va vivre ensuite est une aventure absolument extraordinaire. Un loup en dispersion peut se contenter de parcourir quelques dizaines de kilomètres mais pousse souvent beaucoup plus loin, à plusieurs centaines de kilomètres, parfois un millier, jusqu’à deux mille. »

Grâce à ces deux ouvrages, c’est le portrait en creux d’un animal mystérieux qui se dessine, dont l’image, à mesure qu’elle se complexifie, nous rappelle l’étendue de notre ignorance relative du monde qui nous entoure. C’est une invitation à poursuivre la découverte de la Biosphère, et qui doit nous inciter à reconsidérer notre rapport à la nature, afin de mieux la protéger.

Une réponse à « Portrait du loup : deux ouvrages pour mieux le comprendre »

  1. J’ai visité en Lozère une « réserve » de loups sauvés de l’homme dont l’origine est la fondation Brigitte Bardot. Tout est bien expliqué et vraiment c’est honteux de voir cette mentalité pensant que le loup est un prédateur. Retournons le compliment à l’homme….

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