Vers une nouvelle pratique des sports de pleine nature


Ecologie / vendredi, août 20th, 2021

Avec les beaux jours, de nombreuses personnes pratiquent des sports de pleine nature. Escalade, trail, VTT, parapente ont en effet le vent en poupe et c’est bien compréhensible.

Pour la plupart des gens, la vie quotidienne est limitée à l’horizon bétonné de nos villes : quartiers où presque rien ne pousse, parkings de supermarché, trajets en voiture jusqu’au travail… La nature est la plupart du temps bien éloignée de notre quotidien. La pratique d’un sport de pleine nature est souvent perçue comme une échappatoire, une coupure dans le quotidien, une bouffée d’air pur.

L’activité sportive en elle-même, a des effets bénéfiques évidents pour la santé. Ces effets semblent augmentés par les sports de pleine nature : sentir la fraîcheur de l’air alors que l’on court sous la frondaison d’un sous-bois, contempler un panorama depuis un promontoire ou un sommet, admirer des fleurs au détour d’un sentier, croiser le chemin d’un animal sauvage… Tous ces petits instants procurent une sérénité, un apaisement que le quotidien étouffant semble rendre indispensables.

Mais, toute pratique doit s’accompagner d’une conscience du milieu dans lequel elle évolue. Ces pratiques sportives s’inscrivent dans des milieux naturels anthropisés : des espaces qui sont des habitats pour de nombreuses espèces animales, végétales, fongiques, mais qui ont été aménagés par l’homme.

En fait la plupart des espaces naturels qui nous entourent portent la trace de l’aménagement de l’homme. Les forêts sont exploitées jusque dans les parcs naturels. De nombreuses forêts actuelles sont des espaces ayant repris le dessus sur la déprise agricole, ce qui les rend incomplètes, inachevées, puisque toutes les chaînes du vivant qui la composent ne sont pas présentes (absence de grands herbivores, de grands prédateurs, etc.).

Une falaise d’escalade, par exemple, représente un refuge pour les animaux, notamment pour de nombreuses espèces d’oiseaux qui y nichent. Or, pour la pratique sportive, de nombreuses modifications du milieu sont nécessaires : longues purges, aménagement de la zone d’assurage par exemple. Sans parler de la fréquentation qui constitue nécessairement un dérangement pour les animaux. Tout cela a un impact évident pour la faune et la flore. Un grimpeur ne peut ignorer cela aujourd’hui.

Le VTT de descente connait également un grand succès dans les régions montagneuses. Les pistes de ski sont d’ailleurs équipées pour cette pratique l’été. On voit se développer, à côté de ces aménagements ayant une très forte incidence sur la nature, de nombreux single (piste de descente aménagée suffisamment large pour un vélo) sauvages dans les forêts. Réalisés par des passionnés, de manière confidentielle, des virages relevés sont creusés, des sauts taillés, etc. On se demande légitimement si de tels comportements sont en phase avec le lieu et les enjeux actuels.

Toute pratique sportive de pleine nature doit s’accompagner d’une connaissance du milieu et ne pas se limiter à une simple consommation. On ne peut réduire la nature à un support d’activité, à un espace de projection.

Il faut se rappeler au quotidien que l’on traverse un biotope riche, fragile, et chercher à être le plus discret, le moins dérangeant possible. Quitte à ne pas fréquenter certains spots, car la saison ne s’y prête pas par exemple. Quitte à renoncer à certaines activités, à certains comportements antagonistes avec le développement de ces biotopes.

Saluons ASTERS, le Conservatoire des espaces naturels de Haute-Savoie, qui par ses initiatives permet une pratique plus consciente de la Biosphère. La page Facebook Nest&Climb recense les nichées sur les falaises d’escalade sportive, permettant de réaliser de la pédagogie auprès des grimpeurs.

La crise écologique implique de grands changements, une transformation complète de notre manière de nous penser en tant que société sur la Planète. Le premier de ces changements consiste à savoir reconnaître la nature au plus près de soi, y compris et surtout quand on pense être lancé dans une activité dite « de nature ».

Plus que jamais, la Biosphère a besoin que nous nous reconnaissions comme un de ses membres spécifiques, comme une partie d’elle ; cela implique une quête d’harmonie fondée sur une sensibilité approfondie envers le vivant.

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