Les états généraux de la montagne ou comment sauver le business touristique


Politique / vendredi, septembre 24th, 2021

Derrière les états généraux de la transition du tourisme en montagne, se cache à peine la tendance du capitalisme à faire de la montagne un grand parc d’attraction au détriment de la nature et de la culture montagnarde.

Si la fermeture des remontées mécaniques à l’hiver 2020-2021 a été un moment de souffle inespéré pour bon nombre de locaux, elle a été un traumatisme angoissant pour les profiteurs du tourisme alpin.

Et pour relancer le business de l’or blanc, les associations Montain Wilderness et le Cluster de Transition des territoires de montagne ont organisé dés l’automne 2020 des états généraux de la transition en montagne, débutés ce jeudi 23 septembre.

Le but des ces « états généraux » ? Conserver l’or blanc comme la source originelle de la manne financière tout en étendant le règne de la marchandise aux autres saisons. C’est l’idée de « diversification » du tourisme « quatre saisons ».

VTT, luges d’été, accrobranches, nouvelles clientèles à attirer, etc., autant de perspectives promues dans le cadre d’une transition qui n’a d’écologique que le nom.

La « saison blanche », ce grand moment de répit pour les animaux sauvages et les amoureux de la nature, n’est donc pas mis à profit pour réfléchir au bilan social et écologique du tourisme hivernale des 50 dernières années. On notera qu’il suffit de remarquer qu’il est parlé de transition, et non pas de transformation, pour comprendre que l’enjeu reste la modernisation économique.

Car la diversification est un spectre qui hante les capitalistes de l’or blanc depuis bien longtemps. Déjà en 1971, on pouvait lire dans un article du Monde du 27 septembre que « les promoteurs de la neige ont trop pensé au produit et pas assez au client ». Rien de nouveau sous le soleil donc…

Ce n’est pas une vue de l’esprit que de dire que les grandes entreprises du secteur, à commencer par la plus grosse d’entre elles, la Compagnie des Alpes, veulent faire de la Montagne un vaste parc d’attraction. Au-delà d’être à la tête d’une dizaine de domaines skiables en France, la Compagnie des Alpes ne possède t-elle pas également une quinzaine de parcs d’attraction en Europe ?

Dans ce contexte de restructuration du secteur touristique, l’État est de plus en plus orienté par les choix des ces grandes entreprises. La venue du secrétaire d’État à la ruralité, Joël Giraud au Col de Pierre Carré pour vanter les projets d’ascenseurs valléens, à commencer par le Funiflaine, n’est pas anodin.

En effet, dans le cadre du plan « Avenir Montagnes », l’État prévoit 30 millions d’euros pour financer des projets de mobilité « du premier et du dernier kilomètre ». On apprend ainsi que 10 millions sont prévus pour financer des études globales des projets de mobilité, notamment soutenus par l’ Agence nationale de la cohésion des territoires.

Belle ironie quant on sait que les projets tant valorisés d’ascenseur valléen comme à Saint-Gervais ou le Funiflaine vont avoir pour résultat d’accentuer les déséquilibres territoriaux et accroire la bétonisation de la vallée pour répondre aux demandes générées par les gares de départ.

Et c’est dans ce même état d’esprit anti-populaire qu’en partenariat avec Eurostar, la Compagnie des Alpes a relancé la liaison Londres Moutiers/Bourg-Saint-Maurice pour l’hiver 2021-2022 dans le but d’accompagner le retour de la clientèle britannique.

En attendant, les habitants et les résidents à l’année des vallées alpines peuvent bien attendre : les plaines restent le plus souvent socialement désertes, avec des transports en commun d’une piètre qualité. Les populations locales restent prisonnières d’une voiture dont la pollution de l’air demande pourtant à s’affranchir.

Pourquoi ne pas avoir financer tout simplement des projets de tramways efficients pour les habitants permanents des vallées ? N’est-ce pas là un objectif démocratique et populaire crucial pour une vallée comme celle de l’Arve ?

Mais pour cela, il y a un besoin d’un État au service du peuple, et non plus orienté par les grandes entreprises. Tant que la Montagne sera aux mains des grands groupes du tourisme, il n’y aura pas de transformation sociale et écologique au bénéfice de toutes et tous.

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