La rénovation du Montenvers et le « tourisme de la dernière chance »


Ecologie / vendredi, octobre 15th, 2021

Ce vendredi 15 octobre, et ce jusqu’au 15 novembre, s’ouvre l’enquête publique pour le glaciorium et la nouvelle télécabine de la mer de glace à Chamonix.

Lorsqu’on va sur place, il suffit d’observer les différents niveaux du glacier relevés à des intervalles réguliers pour constater le recul. En trois décennies, le glacier a perdu 100 mètres d’épaisseur, et 2,5 kilomètres depuis le milieu du XIXe siècle, recul qui s’est gravement accéléré depuis les années 1990.

Ce nouveau projet d’infrastructure prévu entre 2022 et 2025 part donc d’un constat simple : la mer de glace a tellement reculé que l’actuel installation ne permet plus d’y accéder. Il faut donc redéployer un nouveau moyen d’accès, avec une nouvelle télécabine et un glaciorium pour expliquer la fonte du glacier, le tout pour un coût de 53,3 millions d’euros.

Mais pourquoi faire cela si, baisse des émissions de gaz à effet de serre ou non, la Mer de glace aura pratiquement disparu à l’horizon 2100 ? Evidemment, les concepteurs du projet se donne une apparente légitimité en parlant du glaciorium comme d’un « lieu de mémoire ». Mais pourquoi donc continuer à vouloir l’installer là-haut ? Au contraire, le recul par rapport aux conséquences écologiques des activités humaines n’exigent-elles pas un peu plus de dignité et un emplacement en bas ?

En réalité, le projet est motivé par la volonté d’adapter le tourisme au réchauffement climatique. Sans que cela ne soit clairement dit, cet ajustement prend la forme de ce qui est appelé le « tourisme de la dernière chance ». Le tourisme de la dernière chance, c’est tout simplement aller visiter un site naturel en voie de disparition, au premier des rangs desquels se trouve les glaciers.

En octobre 2020, Emmanuel Slim et Ludovic Ravanel, un des scientifiques locaux en charge du projet de glaciorium, ont publié un article d’ Intitulé « La dernière chance de voir la glace : les motivations des visiteurs au Montenvers-Mer-de-Glace, Alpes françaises » dans la revue scientifique internationale Tourism geographies. Dans le résumé, on y lit la chose suivante :

Des études récentes menées dans ce contexte ont démontré que le tourisme de la dernière chance est apparu comme la motivation derrière l’observation ou la visite d’une ressource naturelle avant qu’elle ne disparaisse. Le glacier Français le plus visité est Montenvers-Mer-de-Glace qui devient une destination Tourisme de la dernière chance.

Et l’industrie touristique y voit là une bonne manière de se « réinventer » pour opérer sa « transition ».

Ce tourisme de la dernière chance relève d’entrepreneurs de la crise climatique qui veulent continuer à exploiter la planète, bien incapable d’engager une rupture pour un changement collectif d’ensemble. Leur démarche est individuelle tout en ayant une prétention « critique », reflet de leur tiraillement entre la réalité de l’époque et le business touristique.

On pourra raconter autour de soi que « l’on sait », que l’on est allé au plus près du problème, etc., sans ne jamais questionner sa propre négligence. Car, outre le cynisme de la démarche, il y a derrière le tourisme de la dernière chance une spirale négative, celle d’engendrer une sur-fréquentation sur des sites pourtant fragilisés par le réchauffement climatique.

Il est donc bien illusoire, pour ne pas dire stupide, de prétendre que le « tourisme de la dernière chance » serait le vecteur d’une prise de conscience écologique. C’est plutôt une manière déguisée de continuer à faire marcher la machine à cash jusqu’au dernier moment, quitte à présenter la visite d’un écosystème en mort lente comme quelque chose de « positif ».

La conscience écologique c’est justement entamer une rupture avec les comportements qui altèrent la Nature, et non pas chercher à « explorer » la catastrophe.

La restructuration du Montenvers montre à quel point le secteur du tourisme fait partie du problème écologique et non pas de la solution.

Il nous faut construire dès maintenant une des solutions à la hauteur de l’époque : la sanctuarisation réelle du massif du Mont-Blanc. A cela doit s’accompagner une réflexion démocratique sur les besoins réels à développer, en dehors de ces considérations touristiques cyniques.

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