La grève des sages-femmes exige le développement des maternités publiques


société / vendredi, octobre 8th, 2021

Après un week-end de mobilisation du 24 au 26 septembre, les sages-femmes ont poursuivit la grève nationale hier, jeudi 7 octobre. Un mouvement également suivi aux hôpitaux de Sallanches, d’Annecy, de Thonon, du CHAL… Une mobilisation qui pose la question directe du développement des maternités de proximité.

Les sages-femmes ont un rôle clef dans le bon déroulé des grossesse et des naissance, elles sont sensées accompagner les femmes pendant ce moment crucial de la vie. Mais sous la pression de la logique de rentabilité de l’hôpital, elles se retrouvent dans une situation problématique.

Mal payées et trop peu nombreuses, elles se retrouvent à dispenser à la chaîne des soins qui nécessitent normalement une attention particulière et beaucoup d’humanité. Cela dépasse la simple question de la rémunération puisque ces femmes (en grande majorité) sentent leur vocation les contraindre de plus en plus à des situations qui peuvent tourner à la maltraitance. On touche ici au cœur de la question des femmes, du féminisme.

En effet, la manière dont les femmes sont préparées pendant la grossesse et accouchent en dit long sur la régression entamée depuis les année 1980 concernant la santé en général et celle des femmes en particulier.

Dans le sillage des conquêtes sociales de 1936 puis de la Résistance en 1944, se sont ouvert trois décennies de progrès autour de la maternité, avec notamment la méthode de l’accouchement sans douleur du docteur Lamaze.

Des moyens ont été mis pour pouvoir prendre le temps de former les futures mères au déroulement de l’accouchement via une connaissance aboutie de leur propre physiologie ainsi que pour tisser un lien de confiance entre les médecins obstétricien, les sages-femmes et les patientes. Les sages-femmes ont d’ailleurs été inclues dans le processus et ne sont plus vues comme de simples assistantes.

Une situation rendue possible par l’existence de maternités de proximité où l’on peut se rendre souvent, sans stress, dans le cadre de sa vie quotidienne.

Or, cela fait plusieurs décennies que le système de santé obéit à la règle de la centralisation des soins, et donc de la rentabilité à court-terme, avec la fermeture inexorable des petits hôpitaux au profit de grands centres hospitaliers. Avec notamment pour conséquences des difficultés de déplacements et d’appréhension pour les futures parturientes.

Au lieu de s’améliorer, le cadre de l’accouchement se déshumanise. Il n’y a qu’à regarder dans la vallée de l’Arve : entre Vallorcine et Annemasse, il n’y a que deux maternités publiques regroupées aux hôpitaux de Sallanches et du CHAL, qui fonctionnent comme des centres industriels.

Alors la mobilisation des sages-femmes touche juste car elle questionne au fond quelque chose de crucial : « quelle sorte de société échoue à accueillir dignement la vie ? ».

L’intérêt des sages-femmes réside dans leur prise de conscience que rien ne les émancipera sans une nouvelle manière d’aborder l’enfantement en lien avec une politique nationale de développement des maternités publiques de proximité.

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