Fermeture de l’usine de colorant à Saint-Jeoire : le capitalisme à visage humain n’existe pas


société / mardi, novembre 30th, 2021

Une des usines historiques de Saint-Jeoire-en-Faucigny, à la confluence de la vallée de l’Arve et de la vallée du Giffre, va être délocalisée en Pologne, laissant 40 travailleurs sur le carreau. Preuve une fois de plus que le mode de production capitaliste est une entrave au bien-être de la société.

Présente à Saint-Jeoire depuis 1947, « Les Colorants » est une usine qui appartient depuis 2006 à Avient corporation après le rachat par PolyOne Corporation d’une partie de Clariant, et qui est spécialisée dans la coloration d’emballés plastiques.

Avec son siège social basé à Avon Lake dans l’Etat de l’Ohio aux Etats-Unis, Avient corporation est un groupe capitaliste américain qui a réalisé un bénéfice net (profits) de 275 300 millions dollars sur les douze derniers mois, contre 131 600 millions sur l’année 2020.

Les commentateurs s’étonnent d’une chose : le carnet de commandes est plein et « la santé financière » d’Avient est bonne, alors pourquoi délocaliser ce site en Pologne ? Mais depuis quand le capitalisme est-il un mode de production qui se base sur la seule satisfaction des besoins sociaux ?

Dans le capitalisme, ce qui compte c’est le niveau de profit possible, non pas seulement les besoins sociaux à satisfaire. Et contrairement à ce qui est dit à longueur de journée, les profits ne proviennent pas de la « financiarisation de l’économie », mais du labeur des travailleurs.

Un travail qui n’est pas payé à la hauteur des tâches réalisées quotidiennement, mais seulement par rapport aux besoins de reproduction de la force physiologique du travailleur, bref de quoi se nourrir, se loger, se chauffer, se divertir, se déplacer, etc.

Et quand ce coût de la force de travail est plus bas ailleurs, comme en Europe de l’Est du fait d’une destructuration complète des conditions de vie, et bien le coût est plus faible pour un même niveau de travail effectué, et donc une source de plus-value plus grande.

Peu importe donc que l’usine soit pleine de commandes, soit rentable : elle n’est plus « compétitive » par rapport à d’autres usines installées en Europe de l’Est. Pour suivre la course aux profits, il faut délocaliser. Ce fut la même logique que lors des licenciements à Dynastar.

>> Voir aussi : Sallanches : des licenciements massifs à l’usine Dynastar

Il n’y a ni bon sens, ni humanité dans le capitalisme, seulement une logique de rentabilité la plus élevée pour pouvoir s’étendre toujours plus contre ses concurrents.

La précarité de la vie sociale reste le maître mot d’un mode de production qui ne cherche que le plus haut niveau de profit possible. Et si l’entreprise ne poursuit par cet objectif, elle ne peut rester dans la course aux investissements (compte-tenu de la part allant dans la rémunération du capital).

Dans ce contexte, les propos du maire de Droite de Saint-Jeoire, Antoine Valentin sont scandaleux car selon lui, alors qu’ils ne sont déjà pas payés à leur juste valeur, les travailleurs devraient en plus accepter de rogner sur leurs acquis sociaux :

Cette situation doit amener nos politiques nationaux à enfin se questionner sur notre politique économique, notre indépendance industrielle et plus largement sur le coût des charges pour nos entreprises.

Ce que ce maire nomme « charges pour les entreprises » ce ne sont ni plus, ni moins, que les cotisations payées par l’employeur pour alimenter les caisses de retraite, d’allocation chômage et maladie. C’est la partie brute du salaire.

En traduction, pour ce maire, soit les travailleurs acceptent de voir baisser leurs droits sociaux pour conserver leur emploi, soit les cotisations sociales patronales sont conservées, mais alors l’usine n’est plus « compétitive », et il faut délocaliser.

Rogner sur sa sécurité sociale pour conserver son emploi ou conserver la sécurité sociale et perdre son emploi, c’est cela l’alternative proposée par la Droite. Cela est d’autant plus odieux que l’on parle de certains salariés ayant plus de 20 ans d’ancienneté dans l’entreprise, avec certains savoir-faire difficilement reconvertibles dans d’autres branches industrielles.

Dorénavant, les travailleurs savent bien que pour partir la tête haute, ils vont devoir se battre pour faire payer la riche entreprise américaine Avient.

Quant au reste, seule une Gauche ouvrière sera à même de garantir à tous et toutes le besoin de travailler en collectivisant les grands moyens de production et d’échange. Car une chose est certaine : le moteur essentielle du capitalisme n’en fera jamais un système à visage humain.

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