Le travail dominical met à mal la vie sociale des travailleurs


société, Vie quotidienne / mardi, novembre 2nd, 2021

Lors du conseil municipal du 28 octobre 2021 à Passy, une délibération avait lieu quant à l’autorisation d’ouverture de commerces les dimanches 2 janvier, 13 et 20 février, tous ceux de juillet, trois au mois d’août et deux au mois décembre, soit 12 dimanches en 2022 ce qui est le maximum légal. Le travail dominical est pourtant une plaie dans la vie des travailleurs.

Cela concerne notamment le Mountain store, mais aussi probablement le Super U et les commerces de la station de ski à Plaine-Joux. Au regard de ces dimanches soumis à autorisation, il est clair que cette délibération concerne l’accompagnement de l’économie touristique dans sa relance.

A la base, c’est la loi du 13 juillet 1906 qui oblige que « dans l’intérêt du salarié, le repos hebdomadaire est donné le dimanche ». Mais depuis les années 1980, sous la pression du capitalisme pour maintenir les profits, cette norme a toujours plus été affaiblie. Dernière en date, la Loi Macron adoptée en juillet 2015 a fait passé le seuil légal d’autorisation de 5 à 12 dimanches par an.

Pourtant, le travail dominical est connu comme un facteur de désintégration de la vie sociale qui touche surtout les classes populaires.

En juillet 2016, l’INSEE publiait une étude détaillée sur le problème. Elle démontrait notamment que le travail du dimanche était le plus souvent lié à une organisation fragmentée du travail le reste de la semaine, avec bien souvent des emplois temporaires à temps partiels peu protégés par des conventions collectives.

Surtout, l’étude démontre que le travail dominical réduit le temps récréatif passé avec ses proches, avec par exemple 1h en moins pour la sociabilité amicale. A cela s’ajoute le fait que dans la majorité des cas, la perte de sociabilité dominicale n’est pas rattrapée par le jour de congé en semaine.

Dans de telles conditions, amputer son équilibre sociale et psychologique au profit d’une augmentation de salaire ou refuser cette dernière au profit de son équilibre de vie est un dilemme cornélien duquel s’est évaporé toute notion de liberté.

Voici pourtant ce que déclare le maire Raphaël Castera pour parler de cette délibération en faveur de 12 dimanches travaillés dans des commerces de Passy :

La loi impose que c’est sur la base du volontariat […] Il y a des gens qui préfèrent aller travailler ces jours là car c’est davantage payé […] C’est aussi une manière pour certains de gonfler un petit peu les salaires. […] Mais la responsabilité de chacun d’entre nous, en tant que consommateurs, c’est de pas forcément aller faire ses achats les jours fériés ou le dimanche et ça c’est la responsabilité de chacun.

Ces propos sont totalement incohérents. Soit, on est pour le travail du dimanche car cela permettrait une augmentation salariale, soit, on est contre. On ne peut pas être pour d’un côté, contre de l’autre, cela n’a pas de sens.

De plus, c’est bien mal connaître le monde du travail que de parler de « volontariat » lorsque l’enchaînement aux crédits ou tout simplement les difficultés de la vie n’amènent peu d’autres choix que d’accepter cette « opportunité ».

Et quelle naïveté que d’appeler à la responsabilité du consommateur quand la société de consommation impose de toute part sa mentalité individualiste. Si l’on attend quelque chose de la politique, c’est bien de la fermeté, du courage pour s’opposer aux conséquences néfastes de cette société.

En réalité, il y a bien un autre choix, c’est celui de soutenir et d’inviter les salariés à s’organiser au niveau syndical pour augmenter les salaires. Cela d’autant plus lorsque l’on parle de grands groupes comme Decathlon, propriétaire du Mountain store, ou de Système U, au chiffre d’affaire de 26, 8 milliards d’euros pour l’exercice 2020.

Du moins telle est la perspective d’une Gauche ancrée de la vie quotidienne des travailleurs. Au-delà de la lutte syndicale, il y a aussi l’objectif politique de soutenir l’aspiration des familles populaires à avoir un cadre de vie équilibré. Un objectif politique qui implique de partir de la primauté de la collectivité et non pas de l’intérêt privé, que celui-ci soit le consommateur ou l’entreprise.

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