Du décolletage aux stations de ski, le capitalisme c’est la pagaille


société / mardi, décembre 21st, 2021

La société continue de tourner, et pourtant les marques de la crise sociale et économique sont bel et bien là.

Le capitalisme, ce sont des propriétaires privés qui visent le maximum de profits sur des marchés qui sont par nature instables et imprévisibles. Dans un tel système, il n’y a pas de planification de la production pour répondre à des besoins.

Avec les restrictions sanitaires, l’instabilité des marchés s’est accrue, comme en témoigne la question des pénuries. Les pénuries sont la conséquence de l’économie de marché, avec les entreprises (et les pays) les plus fortes qui captent les marchandises dont les prix explosent avec la relance de la demande.

On sait qu’il y a les problèmes de pénurie de bois de construction, touchant cet automne la BTP. Mais il y a aussi la pénurie de semi-conducteurs qui a mis à l’arrêt les principaux constructeurs automobiles, et par ricochet l’ensemble de la sous-traitance industrielle dont fait partie le décolletage.

Expliquant son refus d’une nouvelle hausse du versement transport des entreprises pour aider à l’amélioration de transports en commun, Alain Appertet, président du Syndicat national du décolletage déclare :

« Nous devons faire face à une chute massive des commandes suite aux pénuries des composants électroniques qui mettent des entreprises à l’arrêt et leurs collaborateurs au chômage partiel […]

Il faut encore supporter les hausses des matières et de l’énergie sur les productions alors qu’elles n’ont pas pu répercuter ces coûts sur leurs prix de vente, pour peu que les clients veuillent encore bien prendre leurs pièces […] On parle d’un risque de défaillance là » 

Les industriels du décolletage les plus dépendants de l’automobile (mais aussi de l’aéronautique civil) se retrouvent dans la panade.

Mais la pénurie ne touche pas simplement les fournisseurs ou les clients d’entreprises. Cela concerne aussi la main d’œuvre, elle aussi régit par l’économie de marché (« marché du travail »), à ceci près qu’ici on parle d’êtres humains avec une morale.

Or justement, depuis 2020, les mentalités des travailleurs se sont transformées. Cela est particulièrement vrai pour les travailleurs les plus précaires, pour celles et ceux qui occupaient un emploi aux horaires hachées, aux conditions de travail difficiles et qui, avec les confinements et la « saison blanche 2020-2021 », ont changé d’aspirations.

Mais là aussi, sans planification démocratique de la production, sans participation de tous et toutes dans la réflexion du nouveau monde à construire, c’est la désorganisation qui règne. Il y a comme une atmosphère que rien ne va alors que toutes les ressources sont là.

Ainsi, la station de ski de Combloux voit trois de ses téléskis fermés, faute de salariés pour les faire fonctionner, tout comme il en manque 10 à la station de ski de Manigod.

Dans les pays de Savoie, il y a plus de 2 000 postes de saisonniers qui ne trouvent pas preneur, et ce sous-emploi a pour conséquence un surmenage des salariés en place. Un surmenage qui amplifie la désorganisation, avec des travailleurs incapables de remplir des objectifs si ce n’est en faisant une croix sur leur santé physique et mentale.

On pourra dire que les salaires ne suivent pas, que les conditions de travail sont difficiles, cela est en partie vrai et la lutte syndicale est nécessaire à ce point de vue. Mais ce qui est encore plus vrai, c’est que face à une crise qui transforme les mentalités et qui appelle à une refonte de l’organisation sociale, le capitalisme se retrouve démuni.

Il est un système qui se veut à la pointe de la flexibilité, mais rien n’y fait : le capitalisme, c’est la pagaille. Sa base marchande, ses objectifs de profit individuel sont contraires aux principes de coopération sociale, contraires au changement de la vie collective lorsque cela est nécessaire.

Seule la planification démocratique de la production est à même de pallier à cette pagaille ambiante… qui ne fait que commencer comme le rappelle les premières conséquences de l’irruption du variant Omicron.

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