Le dépérissement des immeubles passant de HLM à copropriétés


Vie quotidienne / vendredi, décembre 10th, 2021

Dans les quartiers populaires, certains habitants vivent dans des conditions qui se dégradent. Dans l’idée, cela ne devrait pas être le cas dans les HLM, puisque de nature sociale. Mais les logements sociaux n’ont en fait jamais été « pour le peuple ».

Dans certains quartiers HLM de la vallée, de nombreux impayés sont dus à un manque d’implication des propriétaires et engendrent un mauvais entretien des lieux.

C’est pour cela qu’on voit régulièrement des portes qui ne sont pas sécurisées, des interphones hors-service, une absence d’entretien des espaces communs, des boîtes aux lettres béantes, des coupures de chauffage, pas de travaux de rénovation thermique etc.

Les personnes qui subissent cela sont des gens qui sont locataires ou qui sont propriétaires de leur seul appartement. Donc soit elles n’ont pas leur mot à dire sur l’entretien de leur lieu de vie, soit elles sont isolées dans des syndics de copropriété, au milieu de propriétaires ne vivant pas ou plus dans l’immeuble.

Le problème du mauvais état des quartiers populaires est du en partie au fait que les immeubles se sont fait éclater en copropriétés. La gestion de celle-ci est avec des propriétaires qui ne s’investissent pas en majorité à la mesure du besoin objectif des habitants, mais en fonction de projets personnels.

Alors pourquoi des HLM, normalement tournés vers les ouvriers les plus précaires, finissent par être livrés en pâture à la spéculation immobilière et à la propriété privée ?

C’est en fait quelque chose qui était prévu depuis le début, avec une loi en 1965 permettant aux locataires d’acheter leur logement social. En 1982, sous François Mitterrand, la loi change pour que le bailleur social puisse choisir quels appartements vendre.

Aujourd’hui presque n’importe quel habitat social peut être acheté à condition qu’il ait été construit ou acheté par le bailleur social depuis plus de 10 ans, qu’il ne soit pas insalubre et que les potentiels acheteurs aient un revenu plafonné.

Au lieu d’être une base de logements qui seraient vraiment sociaux, gérés par l’État, les HLM sont en fait un marché pour les sociétés qui les gèrent.

Elles comptent sur la vente des appartements vieillissant pour éviter les grosses dépenses d’entretien et renouvellent ainsi leur parc en pouvant évoluer avec les variations du foncier, en montant en gammes etc.

A Cluses, on voit cela dans l’un des plus grands quartiers HLM de Haute-Savoie, les Ewües. Avec certains nouveaux HLM pensés pour les « classes moyennes », les loyers deviennent bien plus élevés que les anciennes générations. Ces derniers sont pourtant en partie pensés pour reloger les expropriés du grand projet de rénovation du quartier.

Pour beaucoup, la vie en HLM est conçue comme un moment de passage et toute l’énergie et l’investissement est concentrée dans l’acquisition d’une maison. Alors effectivement, l’investissement dans les des biens communs est secondaire.

Cela est complètement conforme au principe central du capitalisme de la propriété privée. Le HLM sert à patienter avant d’acquérir son pavillon et devient ensuite une simple rente « facile », et au-delà de ça, rien n’a vraiment d’importance.

On comprend ainsi que contrairement aux préjugés très courants, le vandalisme n’est pas de la « sauvagerie » comme on peut l’entendre dans la bouche des plus rétrogrades, voir carrément des personnes ostensiblement raciste. C’est plutôt une conséquence de la mentalité libérale des propriétaires qui se répand, dans toutes les couches de la société et qui ressort sous cet aspect dans les quartiers HLM.

Cette mentalité de l’auto-entrepreneur qui ne pense qu’à sa réussite sans se soucier du bien commun s’est encrée dans les quartiers. Et tout cela est bien évidemment le résultat du capitalisme, de la propriété privée, de l’individualisme qui en découle.

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