La politisation, une bataille qui s’impose


Politique / vendredi, janvier 7th, 2022

Cela fait plusieurs années, voir plusieurs décennies que la politique n’intéresse plus tellement les gens.

Alors, on dira : certes mais qu’est-ce que la politique ? Et bien c’est la manière dont la société s’organise autour de principes directeurs pour aller de l’avant.

Force est de constater que si l’on est au cœur de la vie quotidienne populaire, cette question n’intéresse peu ou pas, du moins pas suffisamment au regard de son aspect déterminant. Et si cela intéresse, c’est toujours vague et lointain car l’implication personnelle, la volonté d’organisation n’est jamais retenue comme conséquence logique.

La raison à cela n’est pas difficile à trouver.

La société de consommation fait que les individus se suffisent à eux-mêmes, que le présent immédiat et soi-même dans ce présent immédiat se suffisent. Pour le dire autrement, la majorité des gens a accès à un logement moderne, à des équipements high-tech, a de quoi manger et de quoi se nourrir.

Dans une telle configuration sociale, à quoi bon s’intéresser à la politique puisque la vie matérielle suit son cours ? La Gauche historique est née sur le terrain social fait de difficultés quotidiennes importantes. Puis elle s’est effritée à partir des années 1980, comme conséquence de cette amélioration matérielle de la vie.

On peut prendre comme expression de ce processus, la montée de l’abstention au niveau local.

Du fait que nous sommes passés d’une IVe à une Ve République, que les élections départementales et régionales sont apparues tardivement tout comme celle du président au suffrage universel direct (1962), il est judicieux de regarder les résultats aux élections législatives pour avoir un comparatif intéressant.

Dans la vallée de l’Arve, le taux de participation au 1er tour est en moyenne de 71, 75 % entre 1958 et 1981. Puis l’abstention monte progressivement à partir du milieu des années 1980 et passe la bascule lors des dernières élections législatives de 2017 avec plus d’abstentionnistes que de votants (46, 29 %).

Lors des dernières élections municipales, puis départementales et régionales, cela a été l’apogée, avec une portion extrêmement congrue de la population qui s’est rendue aux urnes. Dans des quartiers comme Vouilloux ou à Marlioz, on atteint près de 80 % d’abstention.

On peut faire des tas de discours sur la trahison des uns et des autres, il n’en reste pas moins certain qu’à côté de cette montée en flèche de l’abstention, on en constate pas un regain d’organisation et de prise en main sur d’autres questions.

Car quand on est trahit, on cherche normalement à sauver l’honneur, à sauver une crédibilité et non pas à délaisser les choses.

La protection animale croule sous les demandes et manque de bras, des projets écocidaires engloutissent des zones humides et des forêts sans mobilisation d’ampleur, le droit du travail est bafoué, tout particulièrement ici dans la vallée de l’Arve, etc., et on ne constate pas une re-mobilisation.

En réalité, la crise sanitaire démarrée à l’hiver 2020 a fait basculé le monde dans une nouvelle époque. Un des traits marquant de cela est l’approfondissement du désintérêt pour la politique, l’indifférence aux questions collectives, l’éloignement de la vie démocratique.

Ce n’est ni plus, ni moins qu’un signe de la crise.

Le problème, ou disons plutôt, la contradiction, c’est que les enjeux collectifs de notre époque, qu’ils soient sociaux, écologiques, internationaux, n’ont jamais demandé depuis les années 1980 autant d’implication politique.

Ainsi l’affaissement de la Démocratie n’est pas tant une question de quantité (« plus de démocratie ») qu’une question de qualité : il y a besoin d’une nouvelle nouvelle démocratie, pour une nouvelle société, une nouvelle mobilisation collective, pour un nouvel horizon collectif.

Il faut mener la bataille de la politisation, une bataille que seule la Gauche, celle issue du mouvement ouvrier, est à même de remplir car elle récuse l’idée que la politique ne sert à rien, sachant trop bien que ce raisonnement fait le jeu de la classe dominante et de son discours mi- modernisateur, mi- technique. Elle seule se fonde sur des principes, sur un style, sur une vision du monde qui peut relancer les choses.

C’est la grande leçon que nous a légué, dans son ultime témoignage à l’été 2017, Walter Bassan, immigré antifasciste italien dans les années 1930 devenu résistant-déporté communiste en Haute-Savoie dans les années 1940 puis une figure de la Gauche ouvrière locale :

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