1922-2022 : un article antimilitariste qui n’a pas pris une ride


Histoire populaire / vendredi, mars 25th, 2022

Voici un article publié dans le « Travailleur savoyard », journal socialiste puis communiste, par un militant de Sallanches en 1922 qui analyse en quoi militarisme et nationalisme sont des produits d’un capitalisme en crise, qui dresse les peuples les uns contre les autres.

Il trouve un écho certain dans la situation actuelle, avec la guerre en Ukraine qui s’accompagne d’un inquiétant engrenage opposant des blocs politiques et militaires, comme avant 1914…

Sallanches – Respect aux morts !

Dimanche dernier a été célébrée l’inauguration du monument aux morts de la dite dernière guerre. Beaujour pour les phrases sonores traditionnelles et le mensonge de l’union sacrée, entre les privilégiés et les sacrifiés.

Pauvres disparus !…

Alors que beaucoup chantent votre gloire, des hymnes patriotiques, ou prétendent que « votre sort fut le plus beau… », que d’autres fêtent votre malheur aux accents de pas redoublés joyeux, alternant, avec des marches funèbres ou en banquets politiques à visées électorales, nous gardons pieusement, pour notre part, le souvenir exact de votre triste calvaire. Soucieux de vouloir respecter la vérité, nous ne voulons pas oublier pourquoi, comment vous êtes morts, et nous conservons intacte notre douloureuse compassion devant votre affreux martyr.

Et notre conscience nous refuse de prendre part aux manifestations préparées officiellement en votre honneur, parce que ces manifestations, ou soi-disant cérémonies, sont officiellement et grossièrement empreintes de ce nationalisme qui fut votre assassin.

Un cri nous monte à la gorge : A bas la guerre !

Mais, à quoi bon crier l’horreur de la guerre, sans en recherche la cause profonde et réelle ?

La guerre, fléau social engendré par les nationalismes politiques et économiques, trouve tout naturellement ses défenseurs, ses « camoufleurs » les plus notoires, parmi ceux dont elle défend les privilèges, ou auxquels elle procure de grands profits. Ceux qui n’appartiennent pas à cette catégorie de privilégiés ou qui sincèrement réprouvent les guerres, mais qui se prêtent aux manœuvres et manifestations nationalistes ne sont pas leur place.

La guerre est d’essence capitaliste. Elle est le résultat des rivalités économiques entre les divers groupes de capitalistes et industriels nationaux.

En régime capitaliste, où la production n’est pas réglée en raison des besoins de tous, mais seulement sur un maximum de bénéfices capitalistes, il faudrait continuellement, trouver de nouveaux débouchés commerciaux pour écouler la surabondance de produits occasionnée par l’intensification de la production mécanique, augmentée encore par la concurrence menaçante que sont amenés à se faire les groupes d’industries des pays les plus techniquement développées.

Et cette course aux débouchés commerciaux qui ne sont des sources de profits que pour les privilégiés et les capitalistes (le lot du peuple, c’est toujours de trimer pour vivre maigrement !) cette course à l’écrasement économique du voisin et aux débouchés commerciaux (colonies), c’est la guerre.

Pour appuyer cette vérité bien élémentaire, nous apporterons la citation suivante extraite du rapport sur le plan de mobilisation par le Général Michel, chef suprême des armées, en 1911 : « Le conflit d’intérêts entre l’Angleterre et l’Allemagne va chaque jour grandissant et peut à un moment donné, nous entrainer dans une guerre qui s’étendrait à une grande partie des nations européennes ».

Autre citation, du général Serrigny, sous chef d’Etat-Major, Le Journal 16 février 1920 : « De nos jours, les intérêts économiques, seuls peuvent déchainer la guerre; tout le reste est prétexte ».

Du général Cherfils, Gaulois 17 juillet 1915 : « La violation de la Belgique a été le prétexte diplomatique et extérieur qui a permis à l’Angleterre de déclarer la guerre ».

De M. Lloyd-George (au temps de la profonde amitié franco-anglaise (!) 5 janvier 1918 : « ce fut en effet sous l’impulsion généreuse (!) de M. Poincaré, que la France fidèle à ses alliances, était entrée dans une querelle qui n’était pas sienne ».

Nous pourrions faire de nombreuses autres citations d’une valeur non moins décisive mais la place nous manque ici. Citons cependant encore ce passage d’une lettre du baron Guillaume, ambassadeur de Belgique à Paris, du 16 janvier 1914 : « Ce sont Messieurs Poincaré [Président de la République 1913-1920], Delcassé [Ministre de la guerre en 1914], Millerand [Ministre de la guerre 1914-1915] et leurs amis, qui ont inventé et poursuivi la politique nationaliste, cocardière et chauvine dont nous constaté la renaissance; J’y vois le plus grand péril qui menace aujourd’hui la Paix de l’Europe ».

Respect aux malheureuses victimes de la guerre capitaliste !

La prétendue guerre du « Droit et de la civilisation » ne fut que la plus ignoble des duperies, le mensonge le plus criminel venant couronner par l’appoint de 15 millions d’assassinés, l’immoralité et la haine entre les peuples, enseignées par les bourgeoisies et aristocraties nationalistes de partout pour le seul bénéfice des classes privilégiées et des coffres-forts voilés partout par chaque drapeau national.

Respect aux sacrifiés de la guerre capitaliste !

N’ajoutez pas à leur assassinat, bourgeoisies de tous les pays, le mensonge de vos démocraties illusoires et nationalistes !

N’ajoutez pas à la misère et la mort des uns, aux profits de guerre et la sécurité des autres, vos mots creux d’égalité de droits et de devoirs, ou de justice entre les citoyens !

Ne dites pas que ces malheureux sont morts pour la France, pour l’Allemagne, ou pour l’Angleterre, car en réalité, ils sont morts pour une catégorie de français, une catégorie de français, une catégorie d’allemands, une catégorie d’anglais !

Le peuple trompé dès l’enfance par l’éducation qu’il reçoit de la classe privilégiée, s’est partout fait massacrer pour le seul profit de la classe capitaliste.

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