8 mars : Honneur à Lucie Colliard, figure pacifiste haut-savoyarde


Politique / mardi, mars 8th, 2022

En ce 8 mars 2022, alors que règne une atmosphère guerrière dans le monde, il faut rappeler sans cesse l’héritage pacifiste des femmes, de celles qui suivèrent les traces de Clara Zetkin en 1915 ou de Gabrielle Duchêne en 1934. Lucie Colliard, haut-savoyarde, était de cette trempe là.

Née à Saint-Félix en 1877 Lucie Colliard était une institutrice entre Annecy et Aix-les-Bains, elle enseigna, entre 1894 et 1930, à Rumilly, Saint-Pierre-en-Faucigny, Cordon, Larringes, Saint-Paul, Thollon-les-Mémises, Meillerie, Saint-André de Boëge et enfin Bogève.

Elle adhère à la S.F.I.O en 1912 et deux ans après, juste au début de la guerre, elle est révoltée par le ralliement de son parti à l’ « union sacrée ». Elle obtient des contacts pacifistes à Genève en 1916, comme Lénine, et peut commencer une activité anti-guerre plus structurée.

Elle contribuera ainsi à passer clandestinement des documents, brochures, journaux et même d’importants militants pacifistes entre la Suisse et la France.

À partir de 1917, dans le contexte de la Révolution russe, des désertions et de l’influence du pacifisme dans les couches populaires, le pouvoir redouble d’initiatives contre le pacifisme. Toute diffusion d’idées de paix est qualifiée de « défaitisme » et est puni par les autorités.

Ainsi le fait d’être abonnée au Populaire, le journal socialiste (S.F.I.O) et La Voix du Peuple l’organe de presse du syndicat CGT, lui vaut de voir ses correspondances surveillées. Ses lettres, ses déplacements sont surveillés, son visage est connu des forces de l’ordre.

Ses années d’enseignement en temps de guerre furent donc très mouvementées, elle dû plusieurs fois changer de poste à cause de ses activités pacifistes.

Elle est par exemple renvoyée de l’école de Meillerie après avoir oublié un manifeste pacifiste dans sa classe, ce dernier fut naturellement trouvé et objet d’un rapport préfectoral. Enseignant dans des communes très conservatrice, la population organisa même contre elle une grève des élèves.

Mais en véritable pacifiste, il en fallait plus pour la faire abdiquer.

Le vendredi 3 août 1917, elle se fait arrêter à la gare d’Annecy par la police qui l’attendait, informée de son voyage par une note des renseignements émise le jour même. Fouillée au corps, ils trouvent dans son corsage un document de liaison écrit par une militante social-démocrate ukrainienne imprimée à Genève, probablement à destination de militants pacifistes français.

Note policière à propos de Lucie Colliard, août 1917

Elle est arrêtée à nouveau le 12 janvier 1918, cette fois avec comme chef d’accusation « indiscrétions de la presse en temps de guerre ». Elle est alors incarcérée un mois à Grenoble. Bien que condamnée à 2 ans de prison elle obtient une amnistie.

Cela ne marque pas la fin de son militantisme, avec de nouveau des problèmes avec la justice en 1919, avec ses employeurs en 1923 et des contributions au mouvement ouvrier par la suite

Pour donner une idée du contenu du pacifisme de Lucie Colliard, voici le sens qui en est donné dans un article du Populaire en octobre 1918 :

« Nous haïssons la guerre, parce qu’elle est dans la société moderne une conflagration d’impérialismes effrénés et que nous haïssons les impérialismes. Nous ne croyons pas que, d’une telle guerre, par la victoire purement militaire, quelle qu’elle soit, le monde sortira définitivement pacifié ; nous croyons au contraire, que la guerre appelle la guerre, tandis que la paix ne peut que résulter d’une volonté de paix qui n’est ni dans les intérêts, ni dans les desseins, ni dans les mœurs des bourgeoisies capitalistes »

À l’heure où les grandes puissances se tournent vers la guerre pour surmonter la crise du capitalisme, l’héritage pacifiste d’une Lucie Colliard est un point de repère fondamental. Il nous rappelle qu’il ne peut y avoir de pacifisme sans implication des femmes dans le mouvement pour la Paix.

Une réponse à « 8 mars : Honneur à Lucie Colliard, figure pacifiste haut-savoyarde »

  1. Merci de sortir de l’ombre, une partie de la vie de cette militante haute savoyarde si importante pour la classe ouvrière et le mouvement pacifiste mis aux oubliettes de l’histoire par les staliniens de la C. G. T et du P. C. F

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