Les difficultés du décolletage exigent la ré-industrialisation du pays


société / vendredi, mars 18th, 2022

Le décolletage est confrontée à l’anarchie d’un capitalisme en crise générale.

L’industrie de décolletage fait face à un sérieux grippage à plusieurs niveaux. Cela concerne l’augmentation des coûts, les difficultés d’approvisionnements en matières premières, et le remplissage des carnets de commande par les grands donneurs d’ordre.

Au centre de ces problématiques, il y a la question de l’acier, de l’énergie et des puces électroniques qui viennent tous les trois gripper l’ensemble du mécanisme capitaliste-marchand.

Commençons par les puces électroniques. Avec la reprise des activités mondiales en parallèle à la hausse en demande de biens technologiques, la demande en semi-conducteurs (plaquettes servant à la fabrication des puces électroniques) a bondi.

Comme cette industrie de pointe est très concentrée, notamment à Taïwan, l’offre ne suit pas la demande et il y a de nombreux retards de livraisons, des ruptures de stocks, etc.

L’industrie automobile européenne est fortement impactée depuis cet automne, une industrie qui est une des principales donneuses d’ordre du décolletage, réduisant les carnets de commande de ce dernier. Mais cela touche en réalité toutes les industries manufacturières, tant tous les objets sont maintenant connectés.

Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie débutée le 24 février, de nouveaux grains de sable viennent gripper la machine, surtout au niveau sidérurgique et énergétique. Ici, cela se joue en amont de la chaine de production avec une baisse des capacités à se fournir en matières premières, et donc une hausse de leurs coûts.

L’Ukraine est en effet un gros pays producteur d’acier, avec par exemple le gigantesque complexe métallurgique d’Arcelor Mittal basé à Kryvyï Rih, employant plus de 26 000 personnes. Ce site est à l’arrêt depuis le 3 mars.

La Russie est également grande productrice d’alumine qui entre dans la production de l’aluminium en Ukraine, et ajoute à la désorganisation.

Mais, la production sidérurgique fournit également une bonne partie de l’industrie gazière d’Odessa, une ville portuaire du sud ouest de l’Ukraine, qui fabrique 50 % de la demande mondiale au gaz néon et 40 % en gaz krypton… Deux types de gaz qui entrent dans la fabrication des semi-conducteurs, et font craindre de nouvelles répercussions négatives pour demain.

De l’autre côté, les sanctions économiques vis-à-vis de l’industrie pétro-gazière russe fait flamber les prix du pétrole et du gaz dans le monde, se répercutant sur les coûts fixes des entreprises.

Bref, de pénuries en hausse des prix, de ruptures en blocages des chaines d’approvisionnement, il y a un emboitement de crises dans la crise, formant une crise générale du mode de production capitaliste.

Les patrons sombrent alors dans une gestion d’ultra court-terme, et la Droite déverse l’argent public pour sauver les choses, à l’instar de Laurent Wauquiez venu début février à Ayze pour annoncer l’octroi de 10 millions d’euros d’aide à la diversification pour le décolletage.

Car la clef du problème pour le décolletage, c’est bien qu’elle est une industrie de sous-traitance qui dépend à tous les niveaux de l’orientation des grands groupes capitalistes qui contrôlent et décident tout et qui face à la crise générale, emportent les autres avec eux.

Cette crise qu’affronte l’industrie du décolletage révèle ainsi deux choses.

La première, qui saute aux yeux, c’est le besoin d’avoir une base industrielle nationale autonome. Il n’est pas possible d’avoir des échanges d’égal à égal entre pays dans un contexte de telles inégalités productives sur des besoins aussi cruciaux.

La seconde, moins mise en avant et pourtant fondamentale, c’est la question du contrôle et de la propriété des grands donneurs d’ordres, des grands moyens de production.

Ne pas tenir compte de ces deux enjeux posés par la crise, c’est ou bien basculer dans le libéralisme béat qui veut que la mondialisation peut tout régler à condition de mieux l’encadrer, ou bien sombrer dans le nationalisme qui veut qu’on peut ré-industrialiser sans collectiviser les grands groupes capitalistes.

Car, ou bien il y a continuité dans l’ordre des choses, avec les inégalités de développement et la pagaille que cela provoque, ou bien il y a ré-industrialisation sous domination du capitalisme et alors il faudra bien que les travailleurs en France soient pressurisés pour que l’économie reste « compétitive » dans le monde, ou bien les travailleurs se mobilisent pour prendre le contrôle des grandes entreprises afin de façonner une nouvelle base industrielle française autonome.

Si l’on veut regagner une autonomie industrielle pour mieux se développer de manière harmonieuse sans pour autant perdre en niveau de vie, il va bien falloir travailler à l’émergence d’un mouvement populaire pour l’appropriation des grands moyens de production et d’échange.

C’est là le rôle de la Gauche historique, de la Gauche arrimée au combat universel du mouvement ouvrier, pour le Socialisme.

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