« Dans leur nuit » : Le drame du Roc Des Fiz documenté


Histoire populaire, Non classé / samedi, avril 16th, 2022

Sorti fin 2021, « Dans leur Nuit » est un ouvrage de l’autrice et cinéaste Perrine Lamy-Quique qui ose sortir du silence les grandes vérités du drame qui fit perdre la vie à 71 personnes dont 56 enfants dans la nuit du 15 au 16 avril 1970 dans le glissement de terrain du Roc des Fiz.

Les personnes qui habitaient Passy à ce moment là peuvent toutes vous dire ce qu’elles faisaient le 16 avril 1970 tant le glissement de terrain qui a emporté une partie du sanatorium dit « du Roc » a marqué les esprits.

À l’inverse, la plupart ne peuvent pas dire ce qu’il en a été ensuite. C’est un drame enfouit, sans responsabilité, sans remise en question et jusqu’à peu, sans mémoire.

L’ouvrage de Perrine Lamy-Quique se pose comme une solide base pour faire ce travail ; en exhumant des archives de correspondances, de procès verbaux et en donnant la paroles à ceux et celles qui ont vécu la catastrophe.

Il lui a fallu sept ans de réalisation et malgré l’apparence froide et factuelle du contenu, on sent l’émotion mise dans ce travail. Notamment par le fait qu’on sent que l’écrivaine s’est refusée à se substituer aux témoignages, laissant la parole à ceux qui en ont été privés.

Les sanatoriums de Passy ont été construit dans le cadre d’une grande campagne contre la tuberculose après la première guerre mondiale. Cette maladie pulmonaire, provoquée par une bactérie et se transmettant par voie aérienne, existe depuis l’antiquité mais ne fut identifiée par Pasteur qu’en 1882. On ne sait que depuis 20 ans qu’elle est contagieuse.

La tuberculose aurait fait environ 10 millions de victimes en France au XIXè siècle, la classe ouvrière ayant été la plus touchée, en raison des conditions de vie insalubres et de la mauvaise alimentation. Encore aujourd’hui cette maladie fauche les plus pauvres, comme en Ukraine.

A la fin du XIXe siècle, es premiers sanatoriums apparaissent, sous la forme d’hôpitaux en bord de mer, ou à la campagne pour les plus pauvres.

En France, la Ligue antituberculeuse fait alors un travail de sensibilisation et de formation d’une opinion publique en faveur d’une action sanitaire contre la tuberculose à partir de 1891. Viennent ensuite une série de lois : en 1893 pour la prise en charge des tuberculeux indigents, en 1916 et 1919 pour fixer l’intervention de l’État dans la construction des sanatoriums et la subvention des séjours.

On est ici dans l’immédiat après-guerre et l’on comprend qu’avec la baisse brutale de la population, il devient vital pour l’État de financer massivement une politique sanitaire en direction de la classe ouvrière.

Si avant les années 1920, la prise en charge des traitements par des riches bienfaiteurs relevait d’une certaine philanthropie relativement désintéressée, il est après la Première Guerre mondiale question de calculs du « coût social » de la tuberculose.

Il est ainsi établi qu’un ouvrier coûte moins cher soigné et retournant au travail que s’il est accompagné par une pension dans son agonie. La classe ouvrière est donc particulièrement visée pour avoir accès aux cures.

La naissance des sanatoriums de Passy s’inscrivent dans cette démarche publique et ils s’opposent aux établissements privés suisses et à leur clientèle aisée qui payent pour leurs soins.

On a donc un État qui prévoit de financer de nombreux sanatoriums. Une aubaine pour les chefs de projets, architectes, élus locaux, qui y voient une manne. Toutefois, il s’avère que l’État n’avait pas bien évalué le succès très relatif de ces mesures, et la source de financements a fini pas se tarir.

Dans cet esprit on voit donc que ces pauvres enfants malades sont doublement un prétexte au profit. À la fois en vue de l’exploitation capitaliste et à la fois en tant que source de financement par les propriétaires des « sana ».

On ne peut comprendre les décisions du docteur Couve d’ignorer les signes avant-coureur de la catastrophe que de cette manière. Et c’est le sentiment des familles des victimes et du personnel du Roc des Fiz qui témoignent dans le livre. Par instinct de classe et à force de fin de non recevoir à leurs demande de réponses.

Compte tenu des nombreux éléments présents dans les documents rassemblés dans le livre, il apparaît clairement que nous ne nous trouvons pas face à un événement imprévisible que l’on pourrait accepter avec fatalisme.

La vérité c’est que les victimes étaient en majorité des filles et fils d’ouvriers, qu’il y a eu des signes avant-coureurs et qu’aucun principe de précaution n’avait été appliqué. Leur vie a été traitée avec désinvolture, et l’absence de justice puis de mémoire, a été une insulte aux familles.

Tout cela nous le découvrons en détail dans le livre, qu’il est évidemment conseillé de se procurer.

Une réponse à « « Dans leur nuit » : Le drame du Roc Des Fiz documenté »

  1. Mon père avait 17 ans quand il a été hospitalisé à Martel de Janville et gueri là haut. En fait,il avait subi les séquelles des privations de la guerre. Quant au drame du Roc des Fiz, il était à l’époque secouriste à la protection civile et à fait partie des équipes de sauveteurs qui sont allés sur place. Certes il s’est agit d’un drame mais ces divers établissements de santé ont soigné énormément de monde. Il est vrai que des populations défavorisées ont eu recours à ces soins. Mais au moins ils avaient le mérite d’être pris en charge et soignés. Un éboulement ou un glissement de terrain est difficilement prévisible (voir ce qui s’était passé au Fayet) et là ce n’était pas la même catégorie de clientèle. Devant de tels drames quelles questions se poser. Pas uniquement le capitalisme des médecins je pense. Plutôt les conditions de vie qui favorisaient la tuberculose et on peut aussi déplorer la dégradation actuelle de la qualité de l’air qui autrefois était pur et a généré les constructions des sanas.

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