Ecologie : les gens, les autos, la population


Ecologie / mardi, avril 5th, 2022

Voici un extrait de l’ouvrage « Une planète trop peuplée ? le mythe populationniste, l’immigration et la crise écologique » de Ian Angus et Simon Butler, publié en 2014, qui revient sur une erreur politique régulière quand on aborde l’écologie : celle de confondre causalité et corrélation.

Avec cet extrait, on comprend comment l’enjeu est de raisonner en termes de transformation sociale du mode de vie, et non pas de manière mécanique en termes de croissance démographique.

Les gens, les autos et la population


Dans son ouvrage précurseur, The Environment : From Surplus to Scarcity, le sociologue de l’environnement Allan Schnaiberg qualifie la théorie populationniste de modèle « à double entrée » selon lequel on explique une série de données (démographiques, par exemple) par une autre série de données (sur la pollution, par exemple). Schnaiberg analyse certains changements factuels au moyen de cette approche.

Il constate ainsi qu’entre 1960 et 1970, la population américaine a augmenté de 23,8 millions d’individus, le nombre de voitures particulières augmentant dans le même temps de 21,8 millions. Un modèle populationniste inciterait à conclure que le nombre accru d’autos s’explique par le nombre accru d’habitants.

Ce raisonnement est toutefois foncièrement vicié. L’accroissement démographique entre 1960 et 1970 se composait presque entièrement d’enfants nés dans la décennie, dont aucun n’était par conséquent en âge d’acheter une auto. Si l’accroissement démographique était la cause première de cette expansion automobile, les acheteurs auraient nécessairement dû naître avant 1954.

Il serait peut-être plus judicieux de comparer le nombre d’autos au nombre de ménages ou de familles. Leur multiplication après la Seconde Guerre mondiale a-t-elle favorisé la multiplication des voitures ?

Les données concernant le nombre de véhicules par ménage révèlent qu’« en fait, le pourcentage de ménages possédant une auto a baissé de 62,1 % à 50,3% [tandis que] le pourcentage de ménages ayant deux voitures ou plus augmentait de 13,9% à 29,3% ». S’il y avait plus d’autos, ce n’était donc pas parce qu’il y avait plus de monde ou plus de familles, mais parce que certaines familles achetaient plus d’une auto. Des études détaillées montrent que les familles n’ayant pas de voiture étaient généralement plus âgées, plus pauvres et plus citadines, tandis que celles possédant deux voitures étaient généralement d’âge moyen, plus aisées, et résidaient en banlieue ou à la campagne.

Chacune de ces données modifie le rapport que nous établissons entre accroissement démographique et utilisation de l’automobile. Et chacune a des implications différentes lorsqu’il s’agit de résoudre les problèmes écologiques liés à l’automobile.

Il est probable, affirme Schnaiberg, que la multiplication des voitures s’explique non par l’accroissement démographique, mais par le nombre accru de femmes travaillant à l’extérieur dans les années 1960. À moins de vivre dans une grande ville bien desservie par les transports en commun, une famille dont les deux adultes travaillent a souvent besoin de deux autos.

« Au fil de cette simple étude de cas, notre évaluation a changé: après avoir estimé que le nombre accru de voitures s’expliquait aux deux tiers par un accroissement démographique tout récent, nous concluons qu’un tel lien ne peut en aucun cas être posé […). Cet exemple illustre certains des écueils inhérents à une analyse non sociale des systèmes sociaux de production et de consommation.»

Si nous voulons réduire le nombre d’automobiles sur la route, « il nous faut comprendre le fondement d’une telle consommation dans le système social ».

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