Sans entrain, Emmanuel Macron réélu et des classes populaires neutralisées par le nationalisme


Politique / lundi, avril 25th, 2022

Les classes populaires sont neutralisées par le nationalisme et Emmanuel Macron réélu sans grand entrain obtient tout de même un appel d’air, dans un contexte où la Guerre en Ukraine appelle pourtant à un sursaut populaire en faveur du pacifisme et de l’internationalisme.

Une élection sans saveur reste la meilleure des analyses à faire pour cette élection présidentielle. A ceci près qu’au manque de profondeur et d’entrain, s’ajoute en réalité la morosité alliée à une forme d’amertune.

Car si l’on regarde les choses, on s’aperçoit concrètement qu’on a certes une répétition du second tour de l’élection présidentielle de 2017…mais en pire. En pire, car l’abstention a gagné une partie encore plus importantes de couches populaires et que l’extrême droite a gagné des positions.

Et ce qui est frappant c’est que ce constat est tout à fait confirmé pour une zone comme la vallée de l’Arve, historiquement acquise au centre-droit.

Car si Emmanuel Macron arrive en tête dans la quasi majorité des villes, avec des scores faramineux dans certains villages « balcons », comme à Servoz avec 77, 5 %, près de 83 % à Vallorcine, 74 % à Chamonix, sa victoire est bien moindre que celle par rapport à 2017.

En réalité, Emmanuel Macron a perdu en nombre de voix dans pratiquement toutes principales les villes de la vallée de l’Arve quand Marine Le Pen, à l’inverse, a progressé significativement.

A Passy, Marine Le Pen gagne 449 voix entre le 2e tour de 2017 et celui de 2022 quand Emmanuel Macron en perd 206. Même à Megève, le président sortant perd 43 voix entre les deux élections alors que Marine Le Pen en gagne 149 sans que le niveau de participation ait changé.

De manière générale, dans les 15 principales villes de la vallée de l’Arve et du Giffre*, Emmanuel Macron obtient 26 244 voix en 2022 contre 27 758 en 2017 et Marine Le Pen, 18 444 en 2022 contre 14 594 en 2017.

Alors que cela va t-il signifier pour la suite ? Premièrement, que la sécession des classes populaires d’avec la politique va encore plus s’approfondir car elles sont prises entre l’étau de l’abstention et l’enclume du nationalisme aux prétentions sociales.

Si Marine Le Pen était arrivée en tête au second tour de l’élection présidentielle 2017 dans son unique bastion local qu’est Magland, elle arrive en pôle position cette fois-ci également à Marignier, Vougy, Marnaz, Scionzier… Et dans le même temps, l’abstention avoisine les 30 % dans le bassin de Cluses, avec même un pic de près de 36 % à Cluses.

La victoire d’Emmanuel Macron va être un signal clair que les choses se font sans la classe ouvrière, la laissant à l’écart. Et sans une Gauche ancrée dans ses fondamentaux historiques, donc en mesure de produire des militants capables d’élever le niveau de conscience au long terme, c’est la démobilisation sur fond d’amertume qui va s’emparer encore plus de l’esprit populaire.

Deuxièmement, et dialectiquement, cela ne peut être qu’un appel d’air justement pour Emmanuel Macron et la bourgeoisie libérale qu’il est parvenu à rassembler autour de son projet de modernisation, un appel d’air d’autant plus important qu’il n’a pas de force politique capable de lui opposer, non un néo-populisme sans perspectives, mais une lutte de classe avec un projet historique précis.

La tendance en cours est donc une confirmation des choses déjà largement constatées ici. Mais cela a de quoi inquiéter celles et ceux qui se réclament de la Gauche historique, car l’actualité brûlante reste bien la Guerre en Ukraine qui prend une tournure toujours plus inquiétante.

Et la réélection d’Emmanuel Macron sur fond de poussée nationaliste dans les classes populaires, étant donc de facto neutralisée car sans grand moyen de résistance idéologique. Cela ne peut que favoriser les discours militaristes déjà renforcés par le bellicisme occidental mis en œuvre contre la Russie en Ukraine.

Plus que jamais on a besoin de reconstruire une force politique en mesure de former des militants issus de la classe ouvrière capable de s’opposer à la tendance à la guerre générale qui prend forme devant nos yeux, sans pour autant qu’il y ait une sursaut moral, pacifiste, civilisationnel.


* 15 villes retenues dans l’analyse : Vallorcine, Chamonix, Les Houches, Passy, Megève, Combloux, Saint-Gervais, Sallanches, Magland, Cluses, Scionzier, Thyez, Marnaz, Taninges et Morillon.

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