Le bilan d’Arve démocratique et populaire


Politique / vendredi, avril 1st, 2022

Le dimanche 20 mars 2022 s’est clôturé la démarche portée par le collectif Arve Démocratique & Populaire. Après pratiquement trois mois d’activité militante, il est venu le temps de tirer un bilan de cette démarche.

1. Une démarche issue d’un constat politique partagé à Gauche

En septembre 2021, le collectif Arve à Gauche a publié une tribune appelant à la reconstitution d’une Gauche dans la vallée de l’Arve. Le constat politique était simple : les forces vives de ce qui a fait la Gauche étaient réduites à peau de chagrin. Il fallait renverser la vapeur et la Tribune était un jalon posé allant dans ce sens.

Cela s’est poursuivi par plusieurs réunions à l’automne 2021 avec différentes forces de Gauche, comme des représentants de la France Insoumise Haute-Savoie, du PS, d’EELV, de membres d’associations politiques et de syndicats.

Lors de ces débats, un triple constat émergea, unanimement partagé : crise militante, crise politique et crise du débat démocratique se conjuguent et affaiblissent le camp de l’émancipation au bénéfice de l’extrême droite.

Face à ce constat d’ampleur, et porteur d’une responsabilité en tant qu’initiateur de ces rencontres, les militants d’Arve à Gauche ont proposé une démarche visant à lutter contre cette triple crise par des moyens cohérents avec les forces disponibles.

Malgré le retrait du PS et d’EELV, alors concentrés sur l’élection présidentielle, Arve Démocratique & Populaire a rassemblé plusieurs militants (Arve à Gauche, France Insoumise, Cluses Citoyenne, syndicalistes…) pour établir un questionnaire, support à des débat d’idées menés au plus près de la population, ainsi que des tables de discussion dans plusieurs quartiers de la vallée de l’Arve.

2. Un bilan militant en demi-teinte qui confirme le constat initial

L’activité militante a principalement été portée par le cœur des initiateurs de la démarche, les militants et militantes d’Arve à Gauche.

Il a été ainsi distribué plus de 10 000 tracts et près de 16 tables d’informations ont été tenues dans des quartiers de Chamonix, Passy, Sallanches, Cluses, Marnaz, Scionzier et Thyez. Un article a été publié dans le Dauphiné Libéré du 25 janvier 2022 et une interview été donné à la radio de Chamonix « Radio Globule », le 3 mars.

Finalement, nous avons pu récolter une cinquantaine de réponses. C’est à la fois très peu et à la fois important.

Trop peu car au regard de l’effort militant conséquent, le retour est assez maigre en termes quantitatifs. Nous émettons plusieurs critiques à ce niveau.

Quelques tables d’information à mi-parcours de l’activité militante

Premièrement, l’aspect « sondage » du questionnaire a sûrement rebuté une partie des gens. Ensuite, nous savions qu’avec 60 questions, nous placions haut le curseur en termes de temps à consacrer au débat d’idées.

Nous avions fait un choix assumé de partir de haut, en considérant que la Démocratie consiste en un effort intellectuel prolongé porté par le plus grand nombre.

Cependant, pour nous, la leçon principale est que la faible participation au questionnaire est le symptôme d’une tendance de fond visible au niveau national avec un débat démocratique très faible dans la vie quotidienne des gens.

Cela confirme donc le constat que nous avions émis à la rentrée 2021 : celui d’une crise nationale sur le sens même du terme politique, qui s’accompagne d’une dévitalisation de la Démocratie chez une grande partie de la population.

Sans surprise, la vallée de l’Arve n’y échappe pas et notre démarche le confirme. A quelques jours de l’élection présidentielle, cela a de quoi interpeller, d’autant plus que le teneur et les formes du débat national ne font que niveler les consciences vers le bas

Mais, ces 50 réponses sont également importantes car le contenu de ces réponses traduit une véritable volonté d’approfondissement des idées émancipatrices.

Il a été plusieurs fois regretté de ne pas pouvoir cocher plusieurs réponses lors de questions, et souvent la case « expression libre » a été utilisé pour détailler ses idées.

Ainsi par exemple, à la question de clôture du questionnaire :

Nous tenons ici à saluer les participants et participantes au questionnaire qui ont su triompher de la passivité et de l’indifférence à la politique, en prenant le temps nécessaire à l’effort intellectuel exigé. Nous pensons que ces personnes font partie de la solution au problème, car tant qu’il y a de la réflexion construite, il y a un chemin d’avenir.

Toutefois, nous avons toujours rappelé que le questionnaire n’était qu’un support à la réflexion, qui plus est construit par des militants de Gauche, et c’est pourquoi lors des tables de discussions, nous n’avons jamais cherché à « copier-coller » les questions du questionnaire mais à en suivre plutôt les thématiques.

Les échanges lors des tables ont été enrichissantes, permettant à certaines personnes d’exprimer leur vision des choses, leurs besoins spécifiques et leurs inquiétudes. Tous et toutes ont révélé leur capacité à alimenter le débat d’idées, preuve s’il en fallait que ce n’est pas la Démocratie en général qui ne va pas, mais bien le régime démocratique actuellement en place.

A ce titre, nous avons nous-mêmes été heurtés par les très nombreuses barrières à l’exercice démocratique que cela soit pour tenir une table de discussion dans l’espace public, pour aborder les gens dans un moment en dehors du flot de la société de consommation, et pour distribuer les tracts dans des immeubles toujours plus « barricadés ».

3. Un document de travail pour la reconstruction de la Gauche

Le faible taux de participation ne nous interdit pas cependant de nous livrer à une lecture des résultats exprimés.

Il est possible de présenter un portrait type des répondants : 63,3% sont des hommes. 55, 1% ont entre 35 et 65 ans et 38,8 % se déclarent employés. Enfin, 76 % des répondants se déclarent « de gauche ».

Un grand nombre de réponses permet de constater la dominance des valeurs constitutives de la Gauche historique et du mouvement ouvrier : 60% des répondants pensent que c’est l’égalité sociale qui fait l’identité essentielle de la Gauche (moins de 3% pour l’écologie à titre de comparaison).

Cela se traduit par une certaine critique du capitalisme : 51,2% estiment que c’est la nature même de l’économie de marché qui cause l’inflation et 44% sont pour sortir de l’économie de marché et planifier la production.

Les répondants se montrent favorable à un davantage de contrôle démocratique sur la production : 61,2% estiment qu’un contrôle démocratique sur EDF permettrait d’améliorer la production d’hydroélectricité par exemple.

En filiation avec les critiques formulées par le mouvement ouvrier, le travail et son organisation sont globalement critiqués : 64 % ont déjà participé à une grève et 78,8% estiment subir une dégradation de leur santé mentale au travail. Si 65,9%pensent que le syndicalisme représente un contre-pouvoir essentiel pour la défense des salariés, 56 % jugent qu’ils ne s’intéressent pas assez aux jeunes.

Les répondants se montrent majoritairement attachés à une organisation sociale et solidaire organisée par la base :  50 % se déclarent favorable à un service national de crèche et 54% à un service national prenant en charge la fin de vie. Enfin, 82,1% pensent que la sécurité sociale est la meilleure couverture face aux risques de la vie.

La question écologique révèle un besoin d’approfondissement politique. Ainsi, à juste titre, 60 % des répondants estiment que l’étalement urbain est mal encadré. Dans une perspective authentiquement collective, 45, 5% juge que la ZFE est une mesure inégalitaire et antipopulaire, sans pour autant forcément condamner la voiture électrique .

Sur la question animale, 93,8% estiment que le retour d’espèces animales sauvages (loups, ours, etc.) pose un problème de cohabitation et de partage des espaces. 88, 5% pensent que la chasse est une nécessité pour la régulation.

Enfin, les carrés d’expression libre ont été mis à profit, mais peut-être en deçà de nos espérances. De plus, plusieurs répondants ne se déclaraient « pas concerné » à certaines réponses. Cela reflète selon nous un manque de vision collective, malheureusement en phase avec l’atomisation et le relativisme qui façonne les individus dans une société labourée par la consommation généralisée.

4. Conclusion générale

En soi, qu’il n’y ait que peu de réponses au questionnaire n’est finalement pas la leçon principale que nous tirons de cette activité.

Cela vient surtout confirmer, preuve par la pratique, que le triple constat énoncé à l’automne 2021 est plus qu’ancré dans la population locale. Les élections présidentielles et législatives vont sûrement être une nouvelle étape de confirmation de ce délitement politique et démocratique.

Toutefois, il nous semble justement plus qu’urgent de redoubler d’efforts militants pour permettre de reconstruire une perspective qui fasse sens chez le plus grand nombre.

Le fait que les fondamentaux à gauche existent chez les répondants attestent de ce besoin d’un retour aux sources historiques de la Gauche tout en veillant à ce que soit approfondit la compréhension de la protection de la Planète et des êtres qui la compose.

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