Une tribune publiée dans le Monde contre l’abattage des bouquetins du Bargy


Ecologie / mercredi, avril 20th, 2022

Publiée le 17 avril dans Le Monde, une tribune (bien malheureusement en accès abonné) signée par Farid Benhammou, géographe, et Mélina Zauber vise à alerter sur la décision de la préfecture de Haute-Savoie de procéder à l’abattage indiscriminé de 170 bouquetins sur environ 350 individus que compte le massif du bargy.

Dans cette optique, la tribune publiée ce 17 avril dans le Monde n’y va pas par quatre chemins et demande la suspension immédiate de l’arrêté préfectoral d’abattage des bouquetins, qui court jusqu’en 2030.

Une demande d’autant plus saine que comme il l’est bien rappelé, l’abattage indiscriminé va contribuer à disséminer les troupeaux de bouquetins, donc certains positifs à la brucellose et donc favoriser la diffusion de l’épidémie. Car, « l’abattage hasardeux atteindra en effet des bouquetins non infectés, tandis que survivront d’autres individus, infectés ».

La tribune rappelle aussi combien fut précieux le travail juridique mené par l’association Animal Cross ayant bloqué les agissements de l’Etat en matière de tirs indiscriminés, une politique en place depuis fin 2012 lorsqu’un cas humain de contamination à la brucellose fut découvert. La décision du TGI de Grenoble en 2020 avait pourtant fait jurisprudence.

>> Voir aussi : Bouquetins du Bargy : massacre prévu pour ce printemps

C’était sans compter sur l’épisode des 200 vaches laitières abattues à Saint-Laurent à l’automne 2021 suite à la découverte d’un cas de brucellose parmi le troupeau. Mais voilà, comme le soulignent les initiateurs de la tribune :

Pourquoi, alors, choisir un scénario, si cruel et qu’inefficace ? Le contexte préélectoral a-t-il une quelconque influence dans cette décision ? Pourquoi l’Etat suit-il le lobby des syndicats agricoles contre l’avis des scientifiques ?

Quiconque est encore liée à la Gauche historique a la réponse à ces questions.

Car l’Etat n’est pas neutre, mais est le lieu d’organisation de la bourgeoisie pour protéger ses intérêts dans le rapport des forces qui secoue la société. Et ici, la bourgeoisie, c’est en partie les exploitations laitières et le Reblochon, elles-mêmes liées à l’industrie touristique, tant pour l’entretien des pistes de ski que pour l’attractivité « culturelle ».

Il faut donc à tout prix sauver le business local : la ruine de l’AOP Reblochon pour cause de contamination à la brucellose serait la boite de pandore que l’Etat veut à tout prix éviter d’ouvrir. Et il préfère donc régler la question au plus vite, en assument d’étouffer dans l’œuf toute mobilisation populaire en faveur de la vie sauvage.

Car comme le rappelle là aussi la tribune, l’association Animal Cross avait proposé une autre politique, celle de la « ségrégation spatiale des animaux », sorte de mesures barrières entre les troupeaux domestiques et les zones de vie des bouquetins.

C’est là une position tout à fait rationnelle et se devrait d’être portée par l’opinion publique dans un débat démocratique digne de ce nom. Mais on peut se demander à quel point, ce n’est pas l’agropastoralisme lui-même qui se pose comme un obstacle historique dans l’objectif de protection de la faune sauvage ?

Car si la consommation de Reblochon continue à croitre en lien avec l’attractivité touristique, et doit répondre à une demande toujours plus élevée, c’est bien ce mode d’agriculture qui va finir à terme par poser problème. Peut-on continuer à avoir des zones d’élevage domestique qui s’étendent, en se heurtant toujours plus aux zones de vie sauvage dans un contexte d’urbanisation des vallées ?

Ainsi, cette tribune va dans le bon sens pour alimenter un opinion publique en faveur des Bouquetins. Il ne s’agit toutefois pas d’être naïf : entre les producteurs de Reblochon et les Bouquetins, il faut trancher.

C’est une lutte de classe qui se joue ici, entre les partisans gratuits d’une nature libre et sauvage, et les défenseurs d’un environnement sous cloche car exploitée comme une ressource capitaliste.

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