Avec les bénévoles du CREA Mont-Blanc pour compter les grenouilles rousses


Ecologie / mardi, mai 3rd, 2022

La grenouille rousse est une espèce qui figure sur la liste rouge INPN, cet amphibien peut vivre jusqu’à 3000m d’altitude, c’est pourquoi on la retrouve dans les massifs alpins. Le CREA (Centre de Recherche sur les Ecosystèmes d’Altitude) en effectue le suivi dans le massif du Mont-Blanc.

Le CREA est une ONG scientifique qui se pense comme une interface entre les scientifiques et la population. Ses différentes missions reposent sur l’engagement bénévole et la transmission de savoir.

Voir aussi : CREA Mont-Blanc « la nature déboussolée »

La saison du comptage des grenouilles rousses a justement commencé la semaine dernière et nous avons eu la chance d’accompagner le groupe de bénévoles pour sa première sortie.

Cette fois-ci c’est Pascal qui joue le rôle de guide du groupe. Il a effectué ses premières sorties avec le CREA l’année dernière et a acquis suffisemment de connaissances pour former les nouvelles volontaires au comptage des grenouille rousses. Lors de cette première sortie, il s’agit d’identifier les zones de ponte en prenant ses repères et voir quelles informations transmettre aux scientifiques du CREA.

Le groupe se rend sur le site de Loriaz, une zone humide d’altitude particulièrement touchée par le réchauffement climatique. La diminution du manteau neigeux et la fonte rapide au printemps pourraient rendre plus précoces les pontes, tandis que la sécheresse pourrait menacer la fin du développement des grenouilles. Pascal nous prévient à ce titre que nous pourrions observer de très petites grenouilles, vieilles d’un an et incapables de se reproduire.

La première mare

En arrivant dans la petite vallée humide qui surplombe Vallorcine, encore recouverte d’un bon mètre de neige, nous découvrons des grenouilles dans la première mare entrain de s’accoupler, ainsi que les toutes premières grappes des futurs têtards.
C’est que le groupe de bénévoles est monté au bon moment, en tout début de période de ponte. Après cela, les grenouilles s’en vont et c’est le développement de la nouvelle génération qui est observée pendant un mois ou deux.

Cinq stades servent de repères pour le CREA : Le stade 0 correspond aux oeufs ronds en grappe ;
le stade 1 correspond aux premières éclosions, en contact avec la grappe d’oeufs ;
le stade 2 correspond aux têtards libres avec encore des branchies ;
le stade 3 correspond aux têtards « classiques » ;
le stade 4 aux têtards avec des pattes arrières
et le stade 5, aux têtards à quatre pattes avec encore un petit bout de queue. Après cela, l’observation s’arrête pour le CREA.

Une ponte en stade 0, ayant subit le gel
Ponte « fraîche », en pleine forme

L’intérêt pour les scientifiques est de comparer les variations de développement à différentes altitudes, en plus de l’impact du réchauffement climatique sur les différents stades. Ainsi en plus des cinq mares du site de Loriaz (1900m), deux mares sont suivies également à Vallorcine (1100m). Cela fait partie intégrante de la grande évaluation de l’impact du changement climatique mondial, selon les altitudes, les milieux, les espèces etc.

L’ONG a ainsi besoin de bonnes volontés pour se rendre chaque semaine étudier l’évolution de la croissance des futures grenouilles rousses. Plus il y a de bénévoles, plus cela permet d’effectuer des roulements, de surveiller d’autres espèces comme le lagopède ou le chocard à bec jaune et de maintenir l’activité sur le long terme. C’est la seule manière d’obtenir des résultats concluants.

Ces « missions » à but scientifique sont une manière très positive de dédier du temps à la protection de la biosphère, permettant aussi de faire de l’exercice physique et de s’enrichir intellectuellement avec un rapport pacifié à la nature.

Il est évident qu’une telle démarche devrait se systématiser et se décliner partout où il y a des problématiques écologique, par exemple pour le suivi de la brucellose chez les bouquetins du Bargy ou la classification des zones humides.

Tout cela devrait être inscrit dans une politique d’État généralisée à l’ensemble du territoire, non pas de manière technicienne et administrative, mais avec la mobilisation de secteurs entiers de la population.

C’est même un très bel aperçu, en terme d’utopie, de comment les profits du travail collectif pourraient être redirigés. Vu l’augmentation de la productivité, il est tout à fait possible de réduire le temps de travail sans perte de salaire, le temps ainsi libéré donnerait des moyens humains à l’écologie et à la société en général.

Voilà comment on transforme le rapport au travail et à la nature en même temps, voilà ce qu’on entend par « écologie populaire ».

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