Élevage « en plein air » ne veut pas dire naturel


Ecologie / vendredi, mai 27th, 2022

L’élevage intensif pour produire de la viande ou du lait rebute quasi unanimement puisque qu’il paraît évident au plus grand nombre que la vie des animaux y est mutilée. Face à cela, le modèle dit extensif du pâturage est mis en avant comme plus acceptable. Pourtant ce modèle n’est pas pour autant éthique.

Les pays de Savoie sont connus pour cette image d’épinal de la vache « heureuse » paissant dans son pré, presque libre. En raison de nombreux fromages AOP (Appellation d’Origine Protégée) avec un cahier des charges strict en matière d’espace, de nourriture, de temps en plein air, on peut avoir l’impression d’être en présence de l’élevage idéal.

La réalité est un peu plus compliquée puisque derrière ces AOP, il y a une exigence de rentabilité donc une recherche d’efficacité, de performance. Dans notre exemple des vaches laitières, on a donc des animaux considérés comme des machines à lait et comme toutes machines, elles sont le produit d’une longue et perpétuelle mise au point scientifique, ici, grâce à la sélection génétique et l’insémination artificielle.

Par exemple, la race Montbéliarde, omniprésente dans les pâturages alpins est mise au point depuis les années 1960. Le patrimoine génétique des taureaux reproducteurs est testé, les meilleurs mâles font partie d’un catalogue où chaque mâle dispose de caractéristiques précises et la reproduction est déterminée par les besoins du producteur.

Cette race est à ce titre particulièrement appréciée puisqu’elle est avantageuse pour la production de lait, mais aussi rentable pour la viande. Ce point est particulièrement apprécié car pour produire du lait, il faut que les vaches aient des veaux, et si à la fois le lait de la vache et la viande de son bébé le veau peuvent être source de profit, alors c’est le principal.

Les veaux sont donc séparés de leur mère le plus rapidement possible et le marché de la viande est un bon moyen pour les valoriser économiquement à leur tour. Contrairement par exemple aux poussins mâles, qui sont broyés vivants à moindre coût.

Nous voyons donc que lorsqu’on parle du rapport des éleveurs à leurs animaux, on parle d’avantage du rapport d’un capitaliste à son capital vivant, qu’à des membres de la famille. C’est ainsi que l’éleveur de Saint-Laurent s’était lamenté de la perte de son troupeau, fruit d’un travail générationnel, l’héritage d’un capital familial en somme.

Comme dans le secteur secondaire, dans le secteur primaire (l’agriculture), il faut assurer une production qui n’a plus rien à voir avec le mode de vie de la France rurale d’antan mais le résultat de la société de consommation. Ainsi, avant les années 1980, la production annuelle ne dépassait pas 9000 tonnes de Reblochon, aujourd’hui elle a quasiment doublé.

On a donc un mode d’élevage se faisant passer pour traditionnel mais reposant sur des techniques génétiques au service de la société de consommation… Quand des êtres vivants sont relégués au rang de capitaux et de marchandises, on se demande bien où est la place de la nature dans tout cela.

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