La progression de la maladie de Lyme, énième expression de l’écocide en cours


Ecologie / mardi, mai 17th, 2022

Ce n’est pas un hasard si la bactérie Borrélie, provoquant la maladie dite de Lyme, infecte de plus en plus d’êtres humains.

Si l’on sait que la maladie de Lyme existe depuis des milliers d’années, voir depuis 60 000 ans, elle a été signalée pour la première fois en 1975 dans les ville américaines de Lyme et Old Lyme (d’où son nom). Mais depuis plusieurs années, le nombre de cas humains infectés ne cessent de grimper, avec plus de 60 000 cas recensés en France en 2019.

Quand on s’intéresse à cette maladie, on tombe rapidement sur les tiques car ce sont ces acariens qui sont la cause de l’infection lorsqu’elles mordent un être humain. En réalité, tout comme pour la peste et la bactérie Yersinia pestis, la source de la maladie n’est pas tant la tique (ou le rat pour la peste) mais la bactérie qui est véhiculée par un insecte ou un animal intermédiaire.

En effet, tout comme le Covid-19, la maladie de Lyme est une zoonose transmise aux humains par l’intermédiaire des tiques ixodes ricinus mais ce sont les mammifères tels que les cervidés, les sangliers, et surtout les rongeurs qui servent de réservoir à cette maladie.

Ainsi, lorsque les tiques sont au stade d’une larve, elles attendent leur premier repas au sol et c’est à ce moment là qu’elles peuvent se nourrir du sang d’un mammifère porteur de la bactérie Borrélia (il y en a plusieurs types selon les zones de la planète).

Or, des chercheurs aux Etats-Unis ont montré qu’une espèce de rongeurs, la souris à pates blanches était en Amérique du nord l’hôte principal de la bactérie Borrelia burgdorferi. A l’inverse, d’autres rongeurs sont qualifiés d’ « hôtes non compétents », c’est-à-dire qu’ils sont porteurs de la bactérie sans pour autant avoir la capacité de la multiplier et de la transmettre, comme par exemple les hérissons, les lézards, les taupes, les lapins, etc.

Or, la souris à pates blanches apprécie les forêts fragmentées ou plus généralement les espaces naturels qui n’ont pas été abimés par l’activité humaine (une prairie exploitée par l’agriculture, une forêt exploitée pour son bois ou traversée par des chemins et des routes…).

De fait, des herbes hautes au bord d’une route d’une zone périurbaine, une prairie aux abords d’un champ agricole, une forêt surexploitée, voir même un simple jardin d’une maison résidentielle sont susceptibles de contenir plus de tiques infectées par la borréliose que dans une forêt primaire.

Ce n’est pas un hasard si la forêt de Sénart en région parisienne, particulièrement fragmentée, est l’une des zones françaises où les tiques sont les plus infectées (environ 15 % de l’espèce).

Cela ferait suite à la vente en animalerie dans les années 1990 d’écureuils de Corée, hôte important de la Borrélia, qui ont ensuite été abandonnés dans cette forêt anthropisée alors même qu’ils sont une espèce non endémique de la région, prenant le dessus sur tous les autres rongeurs.

À l’impact des activités humaines dont le développement est anarchique et donc destructeur des espaces naturels, s’ajoute également le rôle joué par le réchauffement climatique sur les tiques elles-mêmes. En effet, les tiques apprécient le climat tempéré et avec la diminution des hivers rigoureux, ce sont autant de population de tiques qui trouvent à se développer en Europe du nord.

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Une augmentation de tiques qui se fait donc dans un contexte d’étalement urbain, de mainmise agricole sur les espaces naturels, et donc de zones propices au développement d’espèces de rongeurs hôtes principaux de la bactérie Borrélia.

Un autre facteur est celui de la disparition des prédateurs tels que le renard qui est chassé et dont l’habitat est détruit. Cela fragilise la régulation des rongeurs porteurs de la bactérie borrélia et rend ces derniers beaucoup plus aventureux avec pour effet d’augmenter les risques d’infection des tiques.

C’est pourquoi il est totalement aberrant de dire comme cet article de France Bleu à propos de la maladie de lyme que « l’élagage et la tonte limitent toutefois leur présence [des tiques] dans les villes », car la tonte et l’élagage printanier sont justement ce qui participe entre autres choses, à la destructuration des écosystèmes, et donc à la prolifération d’espèces de rongeurs hôtes principaux de la bactérie borrélia.

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La maladie de Lyme est un cocktail explosif où se mêlent réchauffement climatique et écocide généralisé, les deux étant en fait liés, pour favoriser des chaines de transmission de la borrélia jusqu’à l’être humain.

Elle rappelle que l’Humanité se retrouve face à sa propre incohérence : celle de développer un mode de vie anarchique et destructeur qui lui revient en pleine face, tel un boomerang. Il est plus que temps que l’Humanité en prenne conscience et place son développement dans le cadre général de la biosphère.

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