Législatives : la mort de la société civile


Politique / lundi, juin 20th, 2022

La société civile s’est éteinte.

Le niveau d’abstention est maintenant scruté depuis plusieurs décennies, connaissant une hausse continue depuis les années 1980. Si auparavant son niveau n’était pas majoritaire à des élections importantes comme celles des législatives, cela n ‘est plus le cas depuis 2017.

Lors des élections municipales 2020, puis départementales et régionales 2021, il avait été considéré que le risque face aux contaminations au Covid-19 avait joué largement en faveur de la démobilisation. Si cela était en partie juste, les niveaux d’abstention aux élections législatives 2022 nous montre en réalité une tendance de fond qui s’est emparée des esprits.

De manière générale, l’abstention en Haute-Savoie pour ce second tour des élections législatives 2022 s’élève à 56,21 %, soit un peu moins de 3 points de moins qu’en 2017.

Cette baisse relative de l’abstention dans le département a tout à voir avec le regain de participation de l’électorat des zones les plus aisées face à la NUPES présentée de manière forcée comme l’épouvantail d’ « extrême gauche » alors même que son programme est très loin des 110 propositions pour la France de 1981 et ses nombreuses nationalisations industrielles et bancaires.

Ce qui se passe, c’est une forme de sécession de l’électorat aisé, plutôt à Droite, par rapport à la majorité des classes populaires qui se sont démobilisées.

L’abstention est de 49 % à Servoz, de 47,13% à Demi-Quartier, de 47,7 % à Veyrier-du-Lac où la candidat de la majorité présidentielle recueille plus de 83% des suffrages exprimés, et de 53,62% à Archamps, ville classée comme la plus riche de France. Bien que faible, la participation reste plus importante que la moyenne départementale.

Il est clair que l’électorat aisé a voté pour la continuité de l’ordre social dominé par la proposition libérale-atlantiste d’Emmanuel Macron. À ce titre, on remarquera à quel point la contestation antipass/antivaccin si importante dans les pays de Savoie à l’été 2021 ne fut qu’un mirage propre à une époque où l’individu s’auto-consomme dans une fausse protestation.

Comme nous l’avions dit précédemment, ce qui prime ici c’est avant tout l’argent déversé tout au long de la crise sanitaire, et ayant permis de limiter la casse, et pour les industriels, et pour le tourisme de l’or blanc. De la même manière qu’on ne peut douter sur le fait que les aides pour le chômage partiel a rassuré la bourgeoisie apeurée de faire face à une colère sociale liée à une brutale paupérisation.

A l’inverse, dans les communes des vallées périurbaines, là se concentre la majorité des ouvriers et des employés, on assiste à des records d’abstention avec 65, 35 % à Cluses, 62, 77 % à Bonneville, 67, 32 % à Annemasse ou encore 63, 42 % à Rumilly.

Et c’est sans compter sur des taux encore plus faramineux dans les bureaux où se concentre l’électorat des franges les plus précarisées de la classe ouvrière, comme dans le bureau du Bois Livron à Annemasse avec 74 %, aux Ewües 2 à Cluses avec 73 %, à Chedde-Nord avec 69, 50 %, ou encore au bureau n°2 de Scionzier avec 76 %.

Il ne faudrait pourtant pas se tromper sur une quelconque signification « politique » de cette abstention populaire.

Il n’y a pas de ferment contestataire derrière cette démobilisation, mais plutôt l’idée que finalement les choses se passent, certes en s’empirant mais sans que cela ne suscite une volonté de s’emparer de ses propres besoins.

Si l’on met tout ceci en perspective avec la tendance nationale qui voit une majorité relative pour Emmanuel Macron et la poussée majeure du Rassemblement National avec 89 députés, devenant ainsi le premier groupe parlementaire d’opposition (la France Insoumise obtient 70-75 sièges), il est clair que l’offensive anti-sociale va être brutale, et cela probablement dès l’automne.

Et l’apathie généralisée qui gangrène les classes populaires sur fond de laisser-aller dans les plis de la société de consommation ne présage rien de bon. Sans société civile dynamique, sans démocratie vivante au cœur du peuple, rien n’est possible et la crise actuelle risque d’être une douloureuse et lente agonie politique…

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